Vingt mille jours à conserver la nature

Bénévoles pour la conservation sur la propriété Waldron, Alb. (Photo de CNC)

Bénévoles pour la conservation sur la propriété Waldron, Alb. (Photo de CNC)

Par Dan Kraus

Le 30 août 2017 marque le 20 000e jour de Conservation de la nature Canada (CNC). Cette importante étape nous donne l’occasion de célébrer et de faire le point sur le travail réalisé chaque jour par CNC et ses partenaires, ainsi que sur le travail de conservation à accomplir au cours des 20 000 jours à venir.

Depuis ses débuts en 1962, CNC a beaucoup évolué, tout comme le monde dans lequel nous vivons. Lancé par un petit groupe de naturalistes déterminés et devenu un organisme national avec des projets et des sympathisants à travers le Canada, CNC a apporté d’importantes contributions à la conservation des espèces et des milieux naturels au pays. De concert avec ses partenaires et ses sympathisants, CNC a protégé 2,8 millions d’acres (plus de 1,1 million d’hectares) de certains des habitats naturels les plus importants au Canada.

J. Bruce Falls, Richard Pough, Aird Lewis et David Fowle, première rencontre exploratoire pour Conservation de la nature Canada, 1961

J. Bruce Falls, Richard Pough, Aird Lewis et David Fowle, première rencontre exploratoire pour Conservation de la nature Canada, 1961

Les plus de 480 000 acres (194 000 hectares) acquis et gérés par CNC dans le sud du pays contribuent à conserver des terres privées que le Gouvernement ne peut protéger à lui seul. La conservation de ces terres s’ajoute aux efforts du Canada visant à : protéger les habitats dont dépendent les espèces en péril, conserver des écosystèmes représentatifs de la biodiversité des milieux naturels du pays, et protéger les terres et les eaux qui agissent comme zones tampons ou corridors entre les parcs et les autres aires protégées.

Établir des liens solides

On compte en milliers le nombre de jours qu’a nécessité la protection de certains sites. Leur conservation et leur restauration, menées par CNC et ses partenaires, sont encore en cours. En 1971, CNC a d’abord protégé des terres des milieux humides Minesing, près de Barrie en Ontario. Plus de 9 800 acres (4 000 hectares) y sont maintenant conservés, en partenariat avec la Nottawasaga Valley Conservation Authority, créant l’une des plus vastes zones protégées du sud de l’Ontario. Voilà une succession d’efforts, couronnés de succès, qui porte ses fruits aujourd’hui et qui bénéficiera aux générations futures.

Certains des milieux naturels conservés par CNC, comme l’île Middle (lac Érié) ou l’anse Princess Louisa (littoral de la C.-B.) sont devenus des parcs nationaux et provinciaux. D’autres sites que CNC a contribué à conserver sont maintenant la propriété d’organismes de conservation locaux, comme la Georgian Bay Land Trust en Ontario, et la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick, qui en assurent à leur tour la protection.
Les attitudes et approches à l’égard de la conservation ont évolué au cours des 20 000 premiers jours de CNC. Parmi les changements observés, on compte la création de plus de 7 800 nouveaux parcs et aires protégées au Canada, par les gouvernements fédéral et provinciaux. Également, le mouvement environnemental de la fin des années 1960 a mené à la création du Programme des Nations Unies pour l’environnement. Et n’oublions pas le renard véloce et le putois d’Amérique qui ont regagné les Prairies. Voilà d’importants et impressionnants exemples de gains en matière de conservation qui constituent une véritable source d’espoir.

Milieux humides de Minesing, Ont. (photo de la Nottawasaga Valley Conservation Authority)

Milieux humides de Minesing, Ont. (photo de la Nottawasaga Valley Conservation Authority)

Une course pour accélérer la conservation

Le défi que nous devons maintenant relever est que malgré ces nombreux succès de conservation, la nature perd toujours du terrain. Tandis que la liste des espèces menacées continue de s’allonger, nous assistons à la perte et à la fragmentation d’habitats essentiels. Au cours des 20 000 derniers jours, les populations de pipits de Sprague, de bruants à ventre noir et d’autres oiseaux de prairie ont diminué de plus de 80 % dans les Prairies. Au cours des 20 000 derniers jours, plus de 187 000 acres (76 000 hectares) de milieux humides ont disparu dans le sud de l’Ontario, et l’empreinte du développement industriel a continué de s’étendre dans les régions nordiques. Les milieux naturels font face à de nouvelles menaces inconnues il y a 20 000 jours, comme les espèces envahissantes et les changements climatiques.

Nous avons réalisé d’importants progrès, mais nous devons continuer notre travail.

De quoi seront faits les 20 000 prochains jours pour la conservation? Que devons-nous réaliser d’ici mai 2072? Plus la nature perd du terrain, plus on prend conscience de son importance, ce qui permet de se représenter le monde tel qu’il devrait être. L’avenir de la conservation doit reposer sur 3 piliers : les zones protégées, l’utilisation durable des terres et des eaux, et sur des gens connectés à la nature.

Il nous faut créer un avenir où les aires naturelles clés sont clairement définies et protégées. Cela comprend l’achèvement des réseaux de parcs nationaux et provinciaux, la création de corridors fauniques à grande échelle et le développement de réseaux locaux de patrimoine naturel. Le Canada se doit également d’être un chef de file mondial en ce qui concerne les aires protégées par les populations autochtones et par les communautés, notamment dans le Nord où nous avons la possibilité de protéger certains des derniers milieux véritablement sauvages de la planète. CNC s’acquitte déjà très bien de cette tâche, mais doit accomplir davantage et plus rapidement. Il existe des milieux et des espèces d’importance qu’il nous faut protéger dès maintenant avant que l’occasion ne nous file entre les doigts.

Travailler ensemble

Il nous faut également veiller à ce que les terres protégées et les aires conservées soient intégrées au sein d’un modèle durable d’utilisation des terres et des eaux. Chaque ville, chaque ferme et chaque forêt fonctionnelle est susceptible de fournir un habitat à la faune en plus d’être essentielle pour réduire les répercussions sur l’air que nous respirons, de même que sur les terres et les eaux. Bon nombre d’espèces et d’habitats parmi les plus menacés se trouvent dans ces endroits. On les trouve également là où la plupart des Canadiennes et des Canadiens vivent, travaillent et se divertissent. Notre économie et notre bien-être sont tributaires d’écosystèmes sains.

Mais, peut-être plus important encore, il nous faut motiver et encourager l’ensemble de la population canadienne à valoriser la nature. Cela consiste notamment à les inciter à renouer avec elle au sein même de leur collectivité, à susciter leur intérêt et à les sensibiliser à l’importance de la conservation ici au pays pour le bien du pays et celui de toute la planète. Les mesures de conservation sont vouées à l’échec si personne ne valorise la nature.

Renard véloce et renardeau (Photo de Catriona Matheson, Cochrane Ecological Institute)

Renard véloce et renardeau (Photo de Catriona Matheson, Cochrane Ecological Institute)

Le travail de conservation nécessite du temps, mais il y a aussi péril en la demeure. Les 20 000 prochains jours seront déterminants pour la faune et les milieux naturels du Canada, puisque nous déciderons de ce qui sera préservé pour les générations futures et de ce qui sera perdu.Il y a toutefois place à l’optimisme. Qu’il s’agisse de certains des premiers parcs nationaux créés dans le monde à la fin des années 1800 ou des efforts de rétablissement des espèces entrepris il y a 100 ans et dont nous bénéficions aujourd’hui, les Canadiens cultivent une tradition de conservation de la nature. Aujourd’hui, nous possédons la science et suffisamment de connaissances pour cibler nos efforts de conservation dans les domaines clés. Nous pouvons aussi compter sur des entreprises qui adoptent des pratiques durables, sur un gouvernement fédéral qui peut égaler les dons privés dans le cadre du Programme de conservation des zones naturelles, grâce auquel plus de 1 062 553 d’acres (plus de 430 000 hectares) de précieux habitats ont déjà pu être conservés d’un océan à l’autre.

C’est à nous de choisir l’héritage que nous voulons laisser aux générations futures. La génération actuelle a la possibilité d’être celle de la restauration de la nature au Canada. Celle qui rétablit des espèces sauvages et protège les zones sensibles; qui rétablit les terres et les eaux; qui adopte et affermit la relation que nous entretenons avec la nature et qui partage nos solutions de conservation avec le monde entier.

À l’aube des 20 000 prochains jours de conservation de la nature au Canada, beaucoup reste à faire. Chaque jour compte.

Page web d'intérêt

Milieux humides de Minesing (en anglais)

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