Le rôle du Canada dans la prévention de la disparition des espèces rares

Tétras des armoises (Photo de Gordon Court)

Tétras des armoises (Photo de Gordon Court)

18 avril 2017 | Par Dan Kraus

Au 21e siècle, l’un des plus puissants moyens dont nous disposons en conservation est de pouvoir considérer la protection des espèces présentes au pays dans un contexte mondial. En recueillant des données sur des espèces rares, non seulement ici mais également ailleurs dans le monde, le rôle du Canada apparaît plus clairement dans la prévention de la disparition d’espèces rares à l’échelle mondiale.

Calochorte apiculé, une espèce rare de fleur de prairie (Photo de CNC)

Calochorte apiculé, une espèce rare de fleur de prairie (Photo de CNC)

Les centres de données sur la conservation (CDC), fondés en 1974 par l’organisme NatureServe, forment un réseau qui collecte des données sur les espèces. Aujourd’hui, on trouve des CDC dans chaque province et territoire au Canada, à travers les États-Unis et dans beaucoup de pays de l’Amérique latine. En analysant des données sur les menaces, le nombre d’individus dans les populations et l’état des habitats naturels d’une espèce donnée, et ce, à travers son aire de répartition, NatureServe est en mesure d’identifier les espèces rares à l’échelle mondiale de même que celles qui risquent de disparaître.

En avril 2017, NatureServe Canada a publié un rapport qui présente les espèces rares à l'échelle mondiale ainsi que celles présentes au Canada. Le rapport, On Guard For Them: Species of Global Conservation Concern in Canada, identifie 569 de ces espèces (dont des sous-espèces et des variétés). Le Canada doit jouer un rôle de premier plan pour les protéger.

Chauve-souris blonde mâle, une espèce rare aux grosses oreilles, au pelage dorsal d’un brun jaunâtre pâle et crème sur le ventre. (Photo de Richard McGuire)

Chauve-souris blonde mâle, une espèce rare aux grosses oreilles, au pelage dorsal d’un brun jaunâtre pâle et crème sur le ventre. (Photo de Richard McGuire)

La province qui compte le plus grand nombre d’espèces en péril à l’échelle mondiale est la Colombie-Britannique, et de loin, avec 230. Le Québec et l’Ontario en comptent chacune plus de 100. Par contre, de telles espèces sont présentes à travers le pays et un grand nombre d’entre elles cohabitent, leur rareté étant accrue par des caractéristiques géographiques particulières. Au Canada, les régions qui comptent un grand nombre de ces espèces sont les montagnes St. Elias, au Yukon, l’est de l’île de Vancouver, les Rocheuses orientales, le sud de l’Ontario, ainsi que la vallée du Saint-Laurent et la Gaspésie, au Québec.

Ces plantes et animaux du Canada sont rares ailleurs dans le monde en raison de leur aire de répartition restreinte, de leur population en déclin et du faible nombre d’individus de leur espèce, ou encore, elles pourraient rapidement disparaître à tout jamais en raison d’activités humaines. Pour beaucoup de ces espèces, plusieurs de ces facteurs sont présents.

Ourse polaire et son ourson, détroit de Jones, Nunavut (Photo de CNC)

Ourse polaire et son ourson, détroit de Jones, Nunavut (Photo de CNC)

La protection des espèces rares est l’un des objectifs fondamentaux de la conservation de la nature. Beaucoup des premiers projets de conservation au Canada découlaient d’inquiétudes concernant la disparition d’espèces. Ces efforts ont porté sur des animaux autrefois communs, mais qui ont rapidement décliné. Par exemple, le Parc national Elk Island a été fondé en 1913 pour protéger les wapitis, puis les bisons. Le Refuge d'oiseaux migrateurs de l'Île-du-Corossol a été créé en 1937 pour la sauvegarde des colonies d’eiders à duvet. En outre, la Convention concernant les oiseaux migrateurs, signée par le Canada et les États-Unis en 1917, a été établie pour freiner les déclins extrêmement rapides des populations de nombreuses espèces aviaires. En 1977, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été institué afin d’identifier les espèces les plus en péril au Canada. Élargir nos efforts de conservation pour inclure les espèces rares dans le monde peut placer le Canada au premier rang dans la prévention de la disparition des espèces.

Des espèces rares à l’échelle mondiale sont présentes en de nombreux endroits, mais subissent des déclins importants de leurs populations dans l’ensemble de leur aire de répartition. Par exemple, plusieurs espèces de chauves-souris ont été décimées en raison du syndrome du museau blanc, et des populations d’espèces d’oiseaux des prairies, comme le pipit de Sprague, le tétras des armoises et le pluvier montagnard, ont décliné d’environ 80 % depuis 1966, surtout en raison de la perte de leurs habitats.

Benoîte de l'Est (Photo de June Swift)

Benoîte de l'Est (Photo de June Swift)

D’autres espèces sont mondialement en péril en raison de grandes menaces qui pèsent sur leurs populations et leurs habitats. Les ours polaires sont menacés par la perte de la banquise arctique. L’albatros à pieds noirs est en péril en raison de la pollution océanique, de certaines pratiques de pêche et des ondes de tempêtes. Le pin à écorce blanche, une espèce montagnarde qui pousse en altitude, est menacé par l’introduction d’un champignon et les changements climatiques.

Même si nos connaissances sur la situation et la répartition de nombreuses espèces présentes au pays et rares dans le monde sont incomplètes, Conservation de la nature Canada (CNC) joue un rôle déterminant dans la protection de leurs habitats. En effet, depuis de nombreuses années, nous protégeons et gérons les habitats de 108 espèces rares à l’échelle mondiale.
Les projets de CNC sont cruciaux afin d’assurer la survie des espèces dont l’aire de répartition est restreinte à l’échelle planétaire, par exemple, le projet de CNC de protection de l’habitat du chevalier cuivré dans la rivière Richelieu, au Québec, de la couleuvre d'eau du lac Érié, en Ontario, de l'aster du golfe Saint-Laurent, au Nouveau-Brunswick, de la benoîte de l'Est, en Nouvelle-Écosse, de l’hespérie de Poweshiek, au Manitoba et de l’orthocarpe barbu, en Colombie-Britannique. Dans le cas particulier de la mousse Tortula cainii, CNC et Couchiching Conservancy en protègent l’unique aire de répartition au monde, située dans les alvars de la plaine de Carden, en Ontario.

Hespérie de Poweshiek (Photo de Jaimee Dupont)

Hespérie de Poweshiek (Photo de Jaimee Dupont)

Malheureusement, pour certaines espèces rares, la conservation in situ n’est qu’une partie de la solution, puisqu’elle ne règle pas les causes fondamentales du déclin des populations et des menaces potentielles. Par exemple, il est certes important de protéger les sites que les ours polaires privilégient pour leurs tanières, mais cela ne recréera pas la banquise où ils chassent. Nous devons conserver les sites de nidification des pluviers siffleurs, mais leur survie dépend également de la protection de leurs aires d’hivernage aux abords du golfe du Mexique. CNC a protégé des sites clés pour le monarque (papillon) et le pipit de Sprague (oiseau), cependant, ces efforts doivent s’ajouter à des paysages fonctionnels sains au Canada. La conservation de ces espèces exige la collaboration et la concentration des efforts sur des régions cruciales à travers le Canada de même qu’ailleurs dans le monde.

Le Canada est un pays nordique, encore recouvert en grande partie de gigantesques glaciers il y a à peine 10 000 ans. Ceci explique que son territoire compte moins d’espèces que des pays situés plus au sud. Il n’en demeure pas moins essentiel de protéger les plantes et animaux en péril à travers le monde afin de conserver la richesse de la diversité des espèces sur la planète. La connaissance de ces espèces présentes chez nous peut nous aider à mettre en œuvre des mesures de conservation essentielles pour assurer leur survie. Cela profitera non seulement à la biodiversité de la planète, mais également à la population canadienne.

Hyperlien d'intérêt (en anglais)

Species of global conservation concern in Canada (NatureServe Canada)

Pleins feux sur nos sympathisants

fre-2015-ad-417x197