Kenauk (Seigneurie Papineau)  (Photo de Mike Dembeck)

Kenauk (Seigneurie Papineau) (Photo de Mike Dembeck)

Qu’est-ce qui rend Kenauk si spéciale?

Nid de balbuzard pêcheur, Lac Papineau, Kenauk, Outaouais, Qc (Photo de Richard Gregson)

Nid de balbuzard pêcheur, Lac Papineau, Kenauk, Outaouais, Qc (Photo de Richard Gregson)

Par Robert Alvo, M.Sc., consultant ayant plus de 30 ans d'expérience en tant que biologiste en conservation

La propriété Kenauk est vaste, très vaste! Sur le plan de la superficie, elle constitue le plus grand projet de conservation entrepris par Conservation de la nature Canada (CNC) au Québec, et assurément l’un des plus grands au Canada. Situé à environ 8 km au nord de Montebello (Outaouais), la propriété compte plus de 60 lacs, dont plusieurs abritent des plongeons huards reproducteurs. Et pourtant, cette propriété se situe à proximité de 2 grandes villes : Montréal et Ottawa. Formant un rectangle aux dimensions irrégulières, Kenauk s’étend sur près de 16 km d’ouest en est et près de 21 km du sud au nord. Elle abrite toutes les espèces d’oiseaux qu’on peut s’attendre à retrouver dans les aires naturelles de cette région du Canada.

Les principaux attraits de Kenauk sont son état naturel ― malgré l’exploitation forestière qui, dans les faits, y augmente la quantité d’habitats (p. ex. pour la paruline du Canada), sa grande superficie, sa proximité à deux centres urbains, la possibilité d’y séjourner confortablement dans des chalets et ses nombreuses routes en gravier presque désertes. Connaissez-vous un autre endroit comme cela?

CNC a élaboré un plan de conservation pour la propriété et améliore actuellement sa compréhension des animaux, plantes et habitats présents sur la propriété et ses environs immédiats en y effectuant des inventaires plus approfondis. C’est à ce moment que mon travail auprès de CNC et de Protection des oiseaux du Québec (POQ) commence.

En 2014, mon ami, collègue de longue date et ancien membre du conseil de POQ, Joël Bonin, m’a demandé de mener des inventaires d’oiseaux et de créer une base de données ornithologiques pour la propriété Kenauk. Il était alors directeur de la conservation pour CNC au Québec. J’avais rencontré et embauché Joël en 1989, à l’époque où je créais le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec, le premier centre provincial de données de conservation au Canada.

Inventaires d’oiseaux au fil des ans

Une truite pour dîner pour ce plongeon huard, une espèce étudiée par Robert Alvo depuis 1982 pour déterminer les effets de l’acidification des lacs sur la reproduction de cet oiseau (Photo de Richard Gregson)

Une truite pour dîner pour ce plongeon huard, une espèce étudiée par Robert Alvo depuis 1982 pour déterminer les effets de l’acidification des lacs sur la reproduction de cet oiseau (Photo de Richard Gregson)

En juillet 2014, j’ai réalisé deux inventaires d’oiseaux sur la propriété Kenauk. J’ai effectué un de ces inventaires seul, et l’autre en compagnie de bénévoles. Ces inventaires nous ont permis d’avoir une meilleure idée des espèces qui se reproduisent sur cette gigantesque propriété, selon les données recueillies durant la période du premier envol des oisillons.  Puis, en juin 2015, j’ai coordonné deux autres inventaires d’oiseaux réalisés par des bénévoles, durant la période de nidification, lorsque les nids sont en construction ou contiennent des œufs ou des oisillons, et lorsqu’on entend les adultes, surtout les mâles, chanter.

En septembre 2016, j’ai coordonné un inventaire pour avoir une meilleure idée des oiseaux qui se trouvent sur la propriété tard durant la saison de reproduction (cette période est indicative d’une reproduction réussie pour de nombreuses espèces) et au début de la migration vers le sud.  Les données des inventaires, combinées aux observations d’autres ornithologues, m’ont permis de créer la liste d’oiseaux de Kenauk.

Durant l’inventaire de l’été 2016, nous avons trouvé 68 espèces, dont 2 qui n’avaient pas été observées jusqu’à présent : le dindon sauvage et le faucon émerillon. Le moqueur roux, le troglodyte à bec court, le goglu des prés, la sturnelle des prés et le vacher à tête brune sont 5 des espèces que nous avons trouvées près de la propriété en 2015.

Il y a peu de données sur l’activité nocturne à Kenauk pour la saison de reproduction, le début du printemps (avril et début de mai), les migrations tardives d’automne et pour l’hiver, ainsi que dans les parties éloignées de la propriété qui sont difficiles d’accès. Des inventaires plus complets menés autour de la propriété pourraient être utiles et faire assurément partie de la liste de sorties de tout ornithologue, en raison des champs trouvés à l’extérieur de Kenauk qui est principalement composée de forêts et de lacs.

En 2017, nous avons réalisé 2 inventaires, en août et en septembre. La liste des oiseaux de Kenauk compte actuellement 144 espèces connues : 30 espèces dont la reproduction est confirmée; 19 espèces dont la reproduction est probable; 61 espèces dont la reproduction est possible; 33 espèces migratrices; et 1 espèce présente uniquement en hiver. De ces espèces, 13 sont considérées comme étant en péril, dans la mesure où elles figurent sur les listes des Gouvernement du Québec et du Gouvernement du Canada. Nous soupçonnons qu’il nous reste encore à découvrir d’autres espèces, y compris certaines jugées en péril.

Comment les inventaires d’oiseaux peuvent guider les mesures de conservation

L’objectif des inventaires est non seulement de créer une liste des oiseaux présents, mais également de déterminer leur emplacement sur la propriété, afin de nous donner la meilleure preuve possible de la reproduction de chacune des espèces et de déterminer lesquelles demeurent sur la propriété pendant les saisons de non-reproduction. Toutes ces données nous aident à prendre des décisions de conservation. Un autre de nos objectifs est d’établir la présence de la paruline azurée, une espèce en voie de disparition à l’échelle nationale, qui pourrait trouver un habitat adéquat sur la propriété Kenauk, comme l’a indiqué un consultant en 2012. Toute preuve de reproduction de la paruline azurée sur la propriété représenterait une extension vers le nord de son aire de reproduction. Jusqu’à présent, nous n’avons reçu que des preuves insuffisantes de la présence de cette espèce à Kenauk.

Lorsque je dirige des inventaires effectués par des bénévoles, je demande toujours aux participants de garder l’œil ouvert pour trouver des habitats que nous n’avons pas encore découverts sur la propriété, en particulier des champs (pour les moineaux et autres espèces d’oiseaux des champs), des vasières et rives sablonneuses (pour les oiseaux de rivage). Jusqu’à présent, nous n’avons exploré que 70 % de la propriété. Les 30 % restants ne sont pas accessibles par la route, mais nous pourrions peut-être y accéder en ski de fond ou en raquettes. Le lac Papineau est si vaste que certaines parties seulement ont été explorées en bateau à moteur.

J’encourage CNC à réaliser d’autres inventaires d’espèces vertébrées et invertébrées, en particulier d’espèces en péril qui, selon moi, se trouvent sur la propriété. Chaque été, des biologistes, des chercheurs, des stagiaires et des bénévoles cherchent des espèces qui pourraient se trouver sur la propriété Kenauk. Ils cherchent notamment des insectes et des araignées dans les érables, et des amphibiens dans les bassins printaniers. Pour en savoir plus sur les projets de recherche actuels, visitez le site Web de l’Institut Kenauk.
Une première version de cet article est parue dans le bulletin de Protection des oiseaux du Québec, The Song Sparrow, en février 2017, et est publié ici avec la permission de l’organisme.

Liens d'intérêt (en anglais)

Wild Turkey (dindon sauvage)

Merlin (Faucon émerillon)

Brown trasher (moqueur roux)

Sedge wren (troglodyte à bec court)


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