Mettre fin à la sixième extinction des espèces commence chez soi

Tortue mouchetée (photo de Gabrielle Fortin)

Tortue mouchetée (photo de Gabrielle Fortin)

Je me suis souviens encore du jour où j’ai aperçu une tortue mouchetée pour la première fois. C’était en 1990, au parc national de la Pointe-Pelée, en Ontario, où je travaillais comme stagiaire en étudiant des espèces végétales rares. J’ai pensé qu’il s’agissait d’un animal épatant, avec sa haute carapace bombée et son menton jaune. Un gardien m’a expliqué que j’assistais à un spectacle rare, car le nombre de ces tortues diminuait année après année dans le parc. J’ai été attristé en pensant qu’une espèce aussi extraordinaire pouvait disparaître de la Pointe-Pelée. À l’époque, j’ignorais que cette espèce de tortue n’était pas seulement rare à la Pointe-Pelée et au Canada, mais dans l’ensemble de son aire de répartition, et qu’elle risquait même de disparaître à jamais.

Mettre un frein à la disparition rapide des espèces est l’un des plus grands défis de conservation auxquels nous sommes confrontés. Nous assistons actuellement à ce qui a été nommé la « sixième extinction » (article en anglais). Des oiseaux aux bourdons, plusieurs espèces sont en déclin. On retrouve désormais moins d’espèces sur la planète qu’il y a une génération. Les extinctions massives du passé ont .été causées par l’activité volcanique et les collision d’astéroïdes avec la Terre. Aujourd’hui, notre richesse végétale et animale est en déclin à l’échelle mondiale en raison de la perte et de la fragmentation des habitats, de l’utilisation non durable des ressources, des changements climatiques et des espèces envahissantes.

Nous sommes touchés de près

Pour la population canadienne, la crise de l’extinction des espèces est un événement qui se déroule ailleurs. La situation critique des éléphants, des tigres et des gorilles est bien connue des Canadiens. Nous devons absolument sauver ces espèces, mais nous devons d’abord mettre fin à la crise mondiale de l’extinction des espèces dans notre propre pays.

Le Canada compte approximativement 80 000 espèces connues (page en anglais). Toutefois, au moins 16 de ces espèces et sous-espèces sont maintenant disparues à jamais du Canada et de la planète. Vous avez peut-être entendu parler de certaines d’entre elles, comme la tourte voyageuse et le grand pingouin. L’histoire de la disparition d’autres espèces, notamment le criquet des Rocheuses, la macounie luisante (une mousse) et le cisco de profondeur (un poisson), est toute aussi tragique, mais moins connue.

La situation globale des espèces est évaluée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et répertoriée dans sa liste rouge des espèces menacées. Des experts évaluent les espèces selon certains critères, notamment la population, l’étendue de l’aire de répartition et les diverses menaces. Les espèces menacées sont ensuite classées comme étant en danger critique, en danger ou vulnérable, selon leur risque d’extinction.

Aujourd’hui, le Canada compte127 espèces figurant sur la liste route de l’UICN, dont des espèces rares ne comptant que quelques individus, notamment la grue blanche, la baleine noire de l’Atlantique Nord et d’autres espèces dont les populations déclinent rapidement. En 2017, quatre espèces de frênes poussant au Canada ont été ajoutées à la liste des espèces en danger critique, en raison de leur déclin rapide causé par l’agrile du frêne, une espèce envahissante. En outre, soixante-dix autres espèces du pays ont été évaluées comme étant quasi menacées, ce qui signifie qu’elles seront probablement menacées dans un avenir proche.

Faire notre part

Un des résultats les plus importants du travail de conservation de Conservation de la Canada (CNC) a été la protection et le rétablissement de plus de 50 espèces canadiennes figurant sur la liste rouge de l’UICN, ou évaluées comme étant quasi menacées. Certaines de ces espèces se trouvent sur des terres conservées au cours des dix dernières années grâce au Programme de conservation des zones naturelles, un partenariat entre CNC et le Gouvernement du Canada. Depuis 2007, 300 millions de dollars ont été investis dans le programme par le Ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada. Ces fonds ont été jumelés à des dons fonciers et à des fonds des gouvernements provinciaux, des entreprises et des particuliers s’élevant au total à plus de 580 millions de dollars.

La protection des espèces à travers le Canada

Cet investissement profite à de nombreuses espèces qui risquent de disparaître à l’échelle mondiale. Dans la région des prairies à herbes hautes du Manitoba, CNC protège et rétablit l’habitat de la platanthère blanchâtre de l’Ouest, une orchidée en danger de disparition, et de l’hespérie du Dakota, un papillon vulnérable. Dans la région de l’Atlantique, CNC protège l’habitat de l’érioderme boréal, un lichen en danger critique de disparition.Nos efforts de conservation permettent également de protéger l’habitat du pipit de Sprague, de la paruline azurée, du quiscale rouilleux, de la grive de Bicknell et de l’harelde kakawi, toutes des espèces vulnérables.

Notre travail touchant les espèces quasi menacées est indispensable, et nous espérons qu’il les empêchera de se retrouver sur la liste rouge. En Ontario, dans les plaines du lac Rice, au nord-est de Toronto, nous rétablissons l’habitat de savane du chêne noir qui abrite le pic à tête rouge. Dans la région de l’Atlantique, CNC protège un habitat important du pluvier siffleur et du bécasseau semipalmé.

Notre travail de protection de l’habitat de la tortue mouchetée est particulièrement satisfaisant. Depuis ma première observation de cette espèce il y a plus de 25 ans, alors que j’étais étudiant, CNC a protégé des milliers d’acres d’habitat de cette espèce dans divers lieux, y compris l’arche de Frontenac et la vallée de l’Outaouais, où CNC continuera d’œuvrer pour en assurer la protection à long terme.

Parmi tous les projets de CNC, ce sont ces projets de conservation des espèces en voie de disparition à l’échelle mondiale qui me procurent le plus grand sentiment de satisfaction en ce qui concerne l’héritage que nous laissons derrière nous. En plus de protéger des espèces dont bon nombre sont en voie de disparition au Canada, nous faisons également notre part pour mettre fin à la sixième extinction. La conservation de ces espèces n’est pas seulement importante pour le Canada, mais pour toute vie sur Terre.

Pleins feux sur nos sympathisants

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