Le territoire est au cœur de notre identité

Territoire du Traité no 4, vallée de la rivière Qu'Appelle, Sask. (Photo de Dane Roy)

Territoire du Traité no 4, vallée de la rivière Qu'Appelle, Sask. (Photo de Dane Roy)

Par Raechel Bonomo, créatrice de contenu et rédactrice à CNC

Pendant des millénaires, les peuples autochtones ont vécu en étroite relation et veillé sur les terres que nous appelons aujourd’hui le Canada. Une telle relation ne peut pas être une simple question de subsistance : elle est la source d’un profond sentiment communautaire, spirituel et identitaire. Au cours des 200 dernières années, les liens qu’entretenaient les peuples autochtones avec le territoire et l’autorité qu’ils exerçaient sur lui ont été en grande partie brisés.

J’ai longtemps cherché à comprendre ce que voulait dire « être Autochtone ». Je savais que mon grand-père était Kanien'keká:ka (Mohawk), mais j’ai toujours ressenti un fossé spirituel entre ma culture et mon identité. Que pouvait signifier le fait d’être Autochtone, et quelles étaient mes responsabilités à l’égard de ma communauté et de la Terre-Mère?

Ce n’est que lorsque je suis sortie pour aller dans la nature que j’ai commencé à trouver des réponses à ces questions. J’ai découvert mon identité sur le territoire.

Dans mon travail de créatrice de contenu et rédactrice à Conservation de la nature Canada (CNC), j’ai la chance de contribuer à faire connaître les enseignements de la Terre-Mère. En éduquant la population canadienne quant à l’importance du monde naturel, j’espère contribuer à assurer l’avenir des paysages du Canada, ainsi que des espèces et de la vie qu’ils abritent.

Il est important que non-autochtones comprennent et respectent la relation que les peuples autochtones du Canada entretiennent avec la Terre-Mère. La protection du territoire et la reconnaissance du sentiment d’appartenance qu’ont les Premières Nations, Inuits et Métis avec la nature sont des étapes importantes dans la réconciliation des peuples autochtones et non-autochtones au pays. En transmettant des connaissances sur les cultures autochtones du Canada d’une manière accessible et compréhensible (par l’entremise de la nature), je peux encourager la venue d’une génération ressentant plus d’empathie alors que nous nous dirigeons vers la réconciliation.

L’Alliance pour l’éducation du Traité no 4 (Photo de Dane Roy)

L’Alliance pour l’éducation du Traité no 4 (Photo de Dane Roy)

La découverte de mon identité a été une quête marquée par la recherche constante et l’introspection. J’ai toujours connu mes racines autochtones, sans pourtant être certaine de ce que cela pouvait signifier. Philip Brass est un artiste et chasseur anishinaabe membre de la nation crie Peepeekisis de Saskatchewan. Il travaille également avec l’équipe de CNC dans la région de la Saskatchewan dans le cadre du programme Learning the Land (apprendre le territoire), un partenariat entre la Treaty 4 Education Alliance et CNC.

J’ai eu la chance de rencontrer M. Brass lors de la préparation du numéro d’été 2018 du Magazine Conservation de la nature Canada, dans lequel il racontait comment nous pouvons trouver notre culture dans le territoire. Il a expliqué que selon le concept de wahkotowin (un mot en langue crie qui se traduit à peu près par « parenté ») « nous reconnaissons que toutes les formes de vie sont reliées, des espèces végétales aux espèces animales, en allant même jusqu’aux microorganismes vivant dans le sol ». Cela m’a profondément touchée, et j’ai ressenti un sentiment d’éveil au fond de moi. La plante de mes pieds s’est mise à fourmiller, appelant le contact du sol.

Philip Brass (Photo de Dane Roy)

Philip Brass (Photo de Dane Roy)

Après notre conversation, je me suis précipitée à l’extérieur, ces mots résonnant dans ma tête. Je suis tombée sur une parcelle gazonnée. En plein cœur du centre-ville de Toronto, ce petit bout de la Terre-Mère m’a enveloppée et j’ai soudainement compris qu’une partie de mon âme était restée cachée depuis bien longtemps. Ma relation avec le territoire avait toujours existé, mais j’ai commencé à voir la Terre-Mère sous un nouveau jour. M. Brass m’avait enseigné l’importance du territoire dans l’identité. Et c’est ainsi que j’ai pu réellement comprendre le traumatisme que la colonisation a infligé à mes ancêtres et à ma communauté.

À partir de ce jour, je suis partie à la découverte de mon identité. Cela m’a permis d’en apprendre plus sur mes racines et sur comment je peux développer cette partie de moi-même grâce à la nature.

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