Entretien avec Catherine McKenna

Catherine McKenna en kayak dans l'Arctique (Photo d'Environnement et Changement climatique Canada)

Catherine McKenna en kayak dans l'Arctique (Photo d'Environnement et Changement climatique Canada)

Pour le numéro d’automne 2017 de la revue Conservation de la nature Canada, le journaliste et rédacteur indépendant Brian Banks s'est entretenu de l’avenir de la conservation avec Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et Changement climatique.

Brian Banks (BB) : Quel est le niveau d’engagement du Canada en ce qui concerne l’atteinte, d’ici 2020, des objectifs du programme En route vers l’objectif 1?

Catherine McKenna (CM) : Nous sommes résolument déterminés à atteindre cette cible, et travaillons d’arrache-pied pour y arriver. Nous ne sommes pas au pouvoir depuis très longtemps, mais nous travaillons déjà avec les provinces et les territoires, ainsi que d’autres partenaires plus inhabituels. L’atteinte de ces objectifs n’est pas facile. Le but est de protéger 17 % de nos terres et 10 % de nos aires marines.

Nous réunissons toutes les parties, des peuples autochtones aux propriétaires de ranch, en passant par les organismes sans but lucratif, pour tracer la voie à suivre pour atteindre cet objectif. Nous nous sommes dotés d’un comité consultatif national et nous comptons sur un groupe d’experts autochtones qui nous aident à examiner toutes les occasions qui s’offrent à nous et la manière de les réaliser.

Le président et chef de la direction de Conservation de la nature Canada, John Lounds, est membre de notre comité consultatif national; nous comptons sur un excellent groupe pour étudier les possibilités et réfléchir autrement, y compris en ce qui concerne les aires autochtones protégées.

Nous sommes tous engagés à atteindre cette cible.

BB : Quel est le rôle de la conservation des terres privées dans ces efforts?CM : Si nous examinons les endroits où nous devons protéger des terres, nous retrouvons de grandes étendues, souvent nordiques, mais également des terres privées situées principalement dans le sud du Canada, où nous savons qu’il existe des zones riches sur le plan de la biodiversité, mais qui sont confrontées à un développement résidentiel important.

Nous devons travailler de concert pour protéger ces terres et Conservation de la nature Canada jouent un rôle indispensable en travaillant avec les propriétaires fonciers.

La conservation des terres privées permet de protéger des habitats pour les espèces en péril et les oiseaux migrateurs. Il est également important de disposer de corridors, ou de liens, entre les aires protégées. Dans le contexte des changements climatiques, nous savons que ces aires protégées jouent un rôle de grande importance dans la lutte et l’atténuement des effets de ces changements.

Catherine McKenna et le premier ministre Justin Trudeau (Photo d'Environnement et Changement climatique Canada)

Catherine McKenna et le premier ministre Justin Trudeau (Photo d'Environnement et Changement climatique Canada)

BB : Vous avez mentionné des corridors et des liens entre les zones protégées. Est-ce vraiment important pour la conservation des terres privées d’être reliées aux zones actuellement conservées?

CM : La connectivité est un aspect vraiment important. Les terres acquises ne couvrent parfois pas une grande superficie, mais elles permettent de lier des étendues plus vastes. Les animaux ne s’arrêtent pas même si la propriété appartient à une autre personne.

Il est très important de déterminer la façon de créer des liens entre ces aires, et Conservation de la nature Canada s’est montré extrêmement efficace dans son travail auprès des propriétaires fonciers, y compris les exploitants de ranch et fermiers, pour acquérir ces terres.

BB : Cette année, CNC célèbre le 10e anniversaire du Programme de conservation des zones naturelles ou PCZN. Quels sont ses principaux accomplissements?

CM : Je pense qu’il est important d’établir des partenariats entre les secteurs public et privé, et c’est exactement ce que permet le PCZN. Des mesures réelles sont nécessaires pour protéger les terres. Entre 2007 et 2016, le programme a permis de conserver 418 000 hectares de terres indispensables sur le plan écologique. Nous prévoyons que ce nombre atteindra plus de 500 000 hectares d’ici 2019.

Le PCZN fournit des fonds de contrepartie, selon un ratio de 2:1 provenant de sources autres que le gouvernement fédéral pour chaque dollar investi par le Gouvernement du Canada. Il s’agit d’un modèle très important.

L’objectif est de protéger les terres dont se soucient les gens. Les gens entrent en contact avec les terres, ils s’engagent et sont motivés à participer et à s’inscrire dans un projet de plus grande ampleur.

On ne parle pas uniquement des écologistes. Les propriétaires de ranch et les fermiers s’unissent également au Gouvernement fédéral et aux provinces pour protéger ces terres d'importance.

La population comprend qu’il est indispensable de protéger la beauté naturelle du Canada. C’est une conviction que partage la plupart des gens à travers le pays, peu importe leur affiliation politique.

Catherine McKenna plantant un arbre (Photo d'Environnement et Changement climatique Canada)

Catherine McKenna plantant un arbre (Photo d'Environnement et Changement climatique Canada)

BB : Est-ce vous sortez en plein air dans votre vie privée? Est-ce une activité que vous pratiquez?

CM : J’aime la nature. Mon conjoint est originaire de l’Alberta, je passe donc beaucoup de temps dans cette province, dans les parcs et les vastes étendues. Nous possédons un chalet dans le nord du Manitoba, alors nous passons également du temps dans cette région. Je suis originaire de l’Ontario.

J’essaye de me retrouver en nature aussi souvent que possible. C’est une façon de me déconnecter de mon travail, mais il s’agit également d’un rappel de l’importance de protéger ces lieux que nous aimons.

Cela fait partie de notre identité. Mais il faut faire preuve de réflexion pour adopter des mesures de protection de ces lieux.

J’étais justement dans l’Arctique, pour voir les importantes répercussions des changements climatiques. Il est encore plus important de réfléchir soigneusement à la protection des ces zones. L’annonce du projet du détroit de Lancaster a été une réussite extraordinaire. Ce projet a été le résultat d’un partenariat entre plusieurs intervenants, y compris Conservation de la nature, qui ont travaillé avec Shell, qui a cédé certains de ses droits.

C’est ce que j’aime de mon emploi : il me permet de voir de première main pourquoi ces aires sont aussi importantes et me permet de réunir des intervenants hétéroclites. J’apprécie que tous les gens participent à ce projet et croient à son importance.

BB : Je constate quelque chose. Il est intéressant de voir comment tout est lié. Vous avez mentionné le détroit de Lancaster, mais nous parlons également du travail dans les régions plus urbanisées du sud. Regardez ce qui se passe de l’autre côté de la frontière, où des inondations sans précédent ont eu lieu. Une des choses que l’on entend souvent est à quel point les milieux humides ont été pavés, ce qui a augmenté le nombre d’inondations. Ce qui nous ramène à l’importance de la conservation dans les zones urbaines.

CM : Vous avez tout à fait raison. Les milieux humides jouent un rôle extrêmement important. Selon moi, nous pouvons envisager des moyens naturels de contrer les effets des changements climatiques. Chaque trois ou cinq ans, nous assistons à des tempêtes qui se produisaient autrefois aux 100 ans. C’est ça l'avenir. Si nous utilisions les espaces naturels, les milieux humides, comme obstacles naturels, cela pourrait nous être grandement utile. C'est pour cette raison que nous étudions cette question dans le contexte de notre plan sur le climat et le financement des infrastructures vertes, soit comment inclure l’infrastructure verte, comme le milieu humide, et non seulement l’infrastructure traditionnelle faire face aux changements climatiques.

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