Extrait : La nature en ville

Par Don H. Meridith

En suivant le sentier sinueux à travers une forêt d’épinettes blanches et de peupliers faux-trembles aux reflets changeants, j’ai atteint un marécage peuplé de saules et de carex gardé par des carouges à épaulettes et des libellules en patrouille. Je me suis arrêté pour écouter les oiseaux et observer les libellules se nourrir en plein vol. Derrière le marécage, le sentier gravit une colline ombragée vers une forêt lumineuse de bouleaux à papier argentés.

Après avoir admiré la taille de vieux arbres, j’ai continué mon chemin à travers un bosquet de mélèzes laricins duveteux et d’épinettes d’un vert sombre qui s’ouvrait sur un pré luxuriant. Au loin, à la limite du pré, j’ai aperçu un cerf de Virginie et son faon sortir de l’ombre. Pendant qu’ils se nourrissaient, un écureuil roux derrière moi a émis un cri d’alarme saccadé, révélant ainsi ma présence. Je me suis retourné pour voir l’écureuil bondir dans les arbres. Pendant que j’avais la tête tournée, les cerfs sont disparus.

En poursuivant mon chemin, j’ai pensé au caractère unique de ce lieu; non seulement en raison de la diversité de la vie sauvage qui s’y trouve et de sa dimension, mais aussi parce qu’il est si près d’un grand centre urbain.

L’aire de conservation de Bunchberry Meadows, d’une superficie de 640 acres (260 hectares), se trouve à 30 km du centre-ville d’Edmonton. Protégé depuis 2016 par Conservation de la nature Canada (CNC), ce site a été ouvert au public à l’automne 2017. Il s’agit d’une des dernières vastes étendues  non développées de la région. Ses collines sablonneuses accueillent des forêts-parcs à trembles qui dominaient autrefois les environs, ainsi que de petites populations d’épinettes blanches, de mélèzes laricins et de pins gris; des milieux humides s’y trouvent également.

« Ce qui est remarquable, c’est que ces habitats ont survécu si longtemps à proximité d’une ville en pleine expansion », explique Katelyn Ceh, chargée de projets à CNC pour le nord-ouest de l’Alberta.

L’étonnante histoire de Bunchberry a débuté en 1974, lorsque cinq familles ont acquis conjointement un terrain près de leurs lieux de résidence, afin d’avoir un endroit où profiter de la nature avec leurs familles et amis. Elles ont aménagé quelques sentiers pour pouvoir explorer la propriété, et ce, sans la développer davantage, car elles souhaitaient la conserver dans un état aussi naturel que possible. Alors qu’Edmonton « se rapprochait » de terres non développées comme celles de Bunchberry Meadows, les cinq familles ont ressenti la pression de vendre, tout en réalisant la valeur de leur terrain dans son état naturel. Ne souhaitant pas vendre à des promoteurs immobiliers, elles ont approché CNC.

La forêt de Bunchberry Meadows comprend des pins gris qui sont l’habitat du grand polatouche (écureuil volant),  du porc-épic d’Amérique et de la belette à longue queue.

La forêt de Bunchberry Meadows comprend des pins gris qui sont l’habitat du grand polatouche (écureuil volant), du porc-épic d’Amérique et de la belette à longue queue.

Accéder à la nature

Edmonton est l’une des villes canadiennes qui se développent le plus rapidement. Au cours des 6 à 7 dernières années seulement, sa population a augmenté de près de 15 %. Si ce rythme se maintient, on estime que la ville aura besoin d’au moins 150 000 nouvelles unités résidentielles au cours de la prochaine décennie. Edmonton a vu sa superficie augmenter avec l’apparition de banlieues empiétant sur les zones agricoles et les forêts-parcs à trembles.

Aujourd’hui, plus de 80 % de la population canadienne habite de grandes villes ou des villes de taille moyenne. Avec une population urbaine grandissante, l’accès à la nature devient de plus en plus vital. En effet, il est plus que jamais admis que passer du temps dans la nature améliore notre santé physique et mentale. Une étude de l’Université Stanford a démontré que la randonnée pédestre en nature procure des bienfaits mesurables pour  la santé mentale et peut réduire les risques  de dépression.

On reconnaît également de plus en plus les importants services que rend la nature aux collectivités avoisinantes. Les forêts,  les milieux humides et les prairies jouent tous un rôle essentiel dans la protection de l’eau, de l’air et du climat. Le carbone contenu et stocké par les habitats naturels est indispensable pour atténuer les change-ments climatiques. Ces habitats naturels réduisent également la pollution de l’air et fournissent des services indispensables aux collectivités locales en filtrant et en emmagasinant l’eau.

Vidéo de Bunchberry Meadows (en anglais)

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