L'oeil du lynx

Lynx du Canada (Illustration de Cory Proulx)

Lynx du Canada (Illustration de Cory Proulx)

Le lynx fixa son regard au mien, puis bondit rapidement avant de gravir une pente abrupte et disparaîtreen forêt. Ce moment ne dura que quelques secondes, mais la rencontre stimula ma curiosité au sujet de ce félin adapté aux rudes hivers et aux territoires enneigés.

Embauché par CNC en 2003 pour aider à la protection de terres au Barachois de Malbaie (Gaspésie), je longeais un jour la « rivière aux émeraudes », surnommée ainsi en raison de la teinte de son eau. Je m’intéressais à son cours sinueux, quand un lynx surgit d’un embâcle, s’immobilisa, comme pour attester qu’il rencontrait un humain, puis s’enfuit. Furtif, le lynx a de meilleures chances de nous observer dans la nature, que le contraire.

Nouvelle recrue à CNC, je croisais donc mon premier lynx dans la nature. Quatorze  ans plus tard, plusieurs de nos activités visent à assurer un habitat viable pour le lynx, en Gaspésie comme ailleurs dans les Appalaches.

En 2005, des groupes de conservation œuvrant dans les Appalaches ont publié un plan écorégional ciblant le nord et la partie acadienne de cette importante chaîne de montagnes. L’exercice, visant à identifier et localiser des cibles de conservation priori-taires mentionnait le lynx du Canada comme étant un bon indicateur de maintien de la biodiversité. Les scientifiques impliqués à l’époque ont mis en œuvre un mouvement de collaboration en faveur de la conservation des Appalaches, soit Deux pays, une forêt (Two Countries, One Forest) et la Staying Connec-ted Initiative.

Quelques années plus tard, j’ai appris que  la Gaspésie abrite une population source de lynx, c’est-à-dire une population assez saine pour que certains individus la quittent en  quête de nouveaux territoires. L’abondance  de nourriture est certainement un facteur principal de la distribution du lynx. Il se cache toutefois de toute présence humaine, fuyant  la lumière, les odeurs et les bruits.

En étudiant le lynx du Canada, les scientifiques ont remarqué que les aires protégées, surtout celles du sud du Québec,  ne parvenaient pas à soutenir les besoins de l’espèce. Si nous souhaitons assurer sa viabilité, les aires protégées actuelles et les forêts appalachiennes doivent être conservées et connectées par des corridors naturels. C’est ce que l’on appelle la connectivité, une notion de base en science de la conservation de plus en plus documentée.

CNC et ses partenaires ont identifié les lieux les plus vulnérables et priorisé les activités à mener dans les Appalaches. Pour ce qui est de la péninsule gaspésienne, elle possède encore assez de vastes espaces naturels pour les animaux à grands domaines vitaux. Les lynx, afin d’assurer leur survie, doivent pouvoir entrer et sortir librement de leur domaine vital. Les scientifiques et organismes œuvrant à l’échelle régionale ont développé un plan d’action concerté, centré sur le maintien de la connectivité entre des aires protégées, comme le parc Forillon, et le reste de la péninsule gaspésienne.

Aujourd’hui, la connectivité se matérialise. CNC protège dorénavant 1 400 acres (600 hec-tares) d’habitat en Gaspésie, dont des aires clés situées près d’aires protégées, fournissant ainsi aux lynx la connectivité dont ils ont besoin. Beaucoup de travail a aussi été entrepris dans le secteur névralgique des « 3 frontières », entre le Québec, le Nouveau- Brunswick et le Maine. Au sud, les montagnes frontalières de la Beauce et de l’Estrie bénéficient d’une protection accrue, et  encore beaucoup d’aide doit y être apportée.

Si nous souhaitons garder présents des animaux à grands domaines vitaux, nous devons nous assurer que leurs habitats soient protégés et connectés. CNC oeuvre justement à plusieurs projets de connectivité à travers  le pays afin de conserver et restaurer des corridors fauniques. Voilà une excellente nouvelle pour le lynx du Canada!

Texte de Hubert Pelletier, directeur de la conservation à CNC, région Québec, publié dans le numéro Hiver 2018 du Magazine Conservation de la nature Canada.

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