Sortons de cette pandémie avec une nouvelle relation à la nature

Abeille butinant une fleur (Photo de CNC)

Abeille butinant une fleur (Photo de CNC)

Dan Kraus est le biologiste principal à Conservation de la nature Canada

La COVID-19 a occasionné des défis sanitaires et économiques sans précédent. Elle met à l’épreuve la détermination et la résilience de chacun d’entre nous, et celles de notre nation. Dans toutes les sociétés, les crises ont le pouvoir de révéler des vérités, des défauts et des idées fausses. La crise que nous traversons renforce l’importance de la famille, de la communauté, des soins de santé et de la sécurité alimentaire.

À l’origine de la crise actuelle se trouve notre relation aux autres espèces avec lesquelles nous partageons notre planète. Les semaines et les mois à venir seront l’occasion de réfléchir à la valeur que nous accordons à toutes les espèces, y compris la nôtre, ainsi qu’à nos liens au monde naturel.

La bonne nouvelle, alors que nous traversons cette crise, est que la nature continue de nous fournir des services essentiels. En effet, les milieux humides filtrent l’eau que nous buvons et préviennent les inondations; les racines des saules et des peupliers tiennent en place les sols bordant les cours d’eau, ce qui empêche leur érosion. Dans nos villes, les arbres déploieront bientôt leurs bourgeons et reprendront du service en purifiant l’air, et en projetant leur ombre rafraîchissante sur les rues et près de nos maisons.

Beaucoup de fruits et légumes cultivés au Canada sont pollinisés par des abeilles domestiques (abeilles mellifères) importées d’ailleurs dans le monde. Puisque ces importations sont interrompues, le rôle des pollinisateurs indigènes n’aura peut-être jamais été aussi important. Bien que les abeilles, papillons, coléoptères et autres insectes indigènes ne remplaceront probablement jamais complètement les abeilles domestiques sur nos fermes, leur incessant travail de conservation et de restauration au sein de nos écosystèmes agricoles contribuera à renforcer la sécurité alimentaire.

Lower Big Creek, près de Norfolk, Ont. (Photo de CNC)

Lower Big Creek, près de Norfolk, Ont. (Photo de CNC)

Tout cela démontre le rôle essentiel que joue la nature dans notre bien-être et que, plus que jamais, nous avons besoin de ses services.

Les bienfaits du contact avec le monde naturel représentent possiblement le plus important service que nous offre la nature. Il est en effet démontré que ce contact améliore notre bien-être.

Présentement, beaucoup de gens vont en plein air tout en observant la distanciation physique. Même le simple fait de regarder des photos d’animaux sauvages, d’explorer virtuellement la nature ou de planifier la visite de sites naturels une fois qu’il sera possible de le faire en toute sécurité peut avoir des bienfaits pour notre santé mentale.

Il fait peu de doute que la COVID-19 s’est transmise à l’humain dans des marchés d’animaux sauvages. Les appels en faveur de l’arrêt du commerce illégal d’animaux sauvages, y compris d’espèces menacées, se font de plus en plus nombreux, ce qui contribuera à la conservation de ces espèces et réduira la probabilité de nouvelles épidémies. Les maladies et le déclin de la nature sont des enjeux qui ne se limitent pas aux contrées lointaines. En Amérique du Nord, la propagation rapide de la maladie de Lyme a été liée à l’altération des réseaux trophiques (chaines alimentaires interreliées) et des habitats, ainsi qu’aux changements climatiques.

Le fait est que la perte de biodiversité et les changements climatiques entraînent non seulement la disparition graduelle de la nature, mais qu’ils génèrent aussi une incertitude qui menace notre sécurité, notre économie, et notre bien-être. Notre santé et notre sécurité sont intimement liées à celles de la nature.

S’il y a un point positif dans la situation actuelle, c’est peut-être que cette période de distanciation physique est une occasion de renouveler nos liens avec les gens que nous aimons, nos communautés et la nature.

Dans toutes les communautés au pays, des oiseaux poursuivent leur migration, des fleurs sauvages s’épanouissent et de nombreux animaux se préparent à donner vie à la prochaine génération. Cette période est une occasion de découvrir l’extraordinaire vie sauvage avec laquelle nous partageons le territoire. Si vous avez une cour, ou un balcon, voici l’occasion de réfléchir à des façons d’y accueillir la nature.

La nature constitue la fondation de notre société. Lorsque nous sortirons de cette crise, nous aurons l’occasion de reconstruire cette fondation. Dans le sud du pays, la faune et les habitats peuvent être restaurés, tandis que dans le nord, nous pouvons conserver certaines des dernières contrées sauvages de la planète. Prendre soin de la nature, c’est prendre soin de nous-mêmes.

Explorer, connaître, partager la relation que vous entretenez avec la nature est essentiel. Profitez de ce temps d’arrêt pour vous y connecter. Aidez vos enfants à approfondir ce lien et à développer un amour pour le monde naturel. Cette relation vous changera. Et vous pourrez changer le monde.

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