Rétablissement d’une espèce : le cypripède blanc

Cypripède blanc (Photo de Steven Anderson/CNC)

Cypripède blanc (Photo de Steven Anderson/CNC)

Par Dan Kraus, biologiste principal à Conservation de la nature Canada

Aucune ligne de démarcation claire ne trace le pourtour des Prairies canadiennes. Sur l’autoroute, aucun panneau n'affiche : « Merci d’avoir visité les Prairies! » Dans l’ouest du pays, les Prairies s’élèvent doucement pour se mêler aux contreforts boisés des Rocheuses. Vers le nord, la forêt-parc à trembles fait office de frontière entre les Prairies et la forêt boréale. Et à l’est, la zone de rencontre entre les Prairies et la forêt de feuillus était, anciennement, une vaste porte d’entrée de prairies à herbes hautes. 

Aujourd’hui, cette entrée est difficile à distinguer, puisqu'elle a presque disparu. Mais tout n’est pas perdu, car une histoire à succès y démontre l’impact positif de la conservation d’habitats et de l’intendance des terres. Cette histoire, c’est celle du cypripède blanc, une espèce qui dépend de la prairie à herbes hautes.

Le cypripède blanc en bref

Statut de conservation au Canada

1981: espèce en voie de disparition

2014 : espèce menacée

Ce qui a fonctionné : gestion et protection de l’habitat, travail d’intendance des Autochtones, implication des propriétaires fonciers.

De vastes pertes

Prairie à herbes hautes, Aire naturelle Interlake (Entre-les-lacs), Manitoba (Photo de Cary Hamel/CNC)

Prairie à herbes hautes, Aire naturelle Interlake (Entre-les-lacs), Manitoba (Photo de Cary Hamel/CNC)

Les prairies à herbes hautes s’étendaient autrefois de Winnipeg (Manitoba) à Kansas City (É.-U.), plus au sud, jusque dans le sud-est de l’Ontario où elles n’étaient plus que de petites parcelles éparses. Contrairement à celles de l’ouest, où croissent des herbes plus courtes, les prairies de l’Est sont suffisamment humides pour favoriser la présence d’arbres. Les prairies à herbes hautes sont quant à elles demeurées ouvertes grâce aux inondations, aux feux naturels et aux sécheresses. Les Autochtones les ont aussi entretenues par des brûlages alors que des troupeaux de bisons des prairies et d’autres herbivores ont également contribué à leur conservation.

Au Manitoba, plus de 99 % des vastes superficies de prairies à herbes hautes ont disparu. En Ontario, les parcelles de cet habitat ne se portent guère mieux, avec des pertes estimées à 97 % du couvert initial.

Points chauds d’espèces en voie de disparition

Avec le déclin des prairies à herbes hautes, plusieurs espèces ont disparu. Les parcelles qui subsistent au Manitoba et en Ontario sont d'ailleurs au nombre des points chauds pour des espèces en voie de disparition au pays. Cela inclut le cypripède blanc, une orchidée qui peut atteindre les 15 centimètres et qui, lors de sa floraison, ne produit généralement qu’une seule « pantoufle » blanche (d’où son nom anglais Small white lady's-slipper).

Au Canada, la presque totalité des cypripèdes blancs poussent dans un habitat d’herbes hautes, avec quelques exceptions, dont une petite population qui croît dans un milieu humide d’un parc provincial de l’est de l’Ontario. La plus importante population de cette orchidée au pays se trouve dans la réserve naturelle des prairies à herbes hautes du Manitoba et sur le territoire de la Première Nation de Walpole Island, en Ontario. 

En conséquence de la perte de son habitat, le cypripède blanc figure depuis 1970 sur les listes des espèces rares aux États-Unis et au Canada. Elle est aussi l’une de premières plantes à avoir été inscrite sur la liste des espèces en voie de disparition du Canada. En 2013, ce cypripède a été désigné comme étant vulnérable à l’échelle mondiale et ajouté sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en raison de la diminution de son aire de répartition et du déclin de ses populations.

Un succès à l’horizon

Fort heureusement pour les orchidées, leur grande beauté et leur popularité ont facilité l’acquisition de connaissances sur leur aire de répartition, leur statut et leur conservation. Mais l’existence d’aires protégées ne freine pas la disparition d'espèces des prairies à herbes hautes, comme le cypripède blanc. Ces prairies nécessitent l’intervention de processus naturels, comme des feux et des inondations régulières, pour demeurer en santé. Dans certains cas, ces processus peuvent être remplacés par la présence de bêtes de pâturage, la récolte des foins ou la tonte de l’herbe. À quelques endroits, l’habitat du cypripède blanc se limite désormais à une minuscule bande d’habitats de prairie située entre les routes et les cultures où la tonte périodique contribue involontairement à garder en vie de petites parcelles de prairies à herbes hautes. 

Un succès en matière de conservation et de prospérité pour cette orchidée et son habitat commence toutefois à poindre. En effet, en 2014, une réévaluation du cypripède blanc au Canada a permis de constater que la protection et la gestion de son habitat s’étaient intensifiées et que quelques nouveaux sites avaient été découverts.  Aujourd’hui, il existe environ 22 sites où l’on retrouve le cypripède blanc, soit un minimum de 22 000 individus. Fait plus important : ses plus grandes populations sont désormais gérées dans un souci de conservation. Ainsi, après avoir été classé en voie de disparition au Canada pendant 33 ans, le cypripède blanc a désormais le statut d’espèce menacée.

Des succès qui méritent d’être célébrés

Le cypripède blanc et son habitat demeurent confrontés à de nombreux enjeux. La perte des prairies à herbes hautes se continue et les processus naturels sont perturbés par le drainage artificiel des sols et la réduction du nombre d'incendies. Les petites parcelles où subsiste l’espèce sont aussi menacées par deux espèces envahissantes : l’euphorbe ésule et le roseau commun. La cueillette et la vente illégale du cypripède blanc menacent également sa survie.

Grâce aux efforts de conservation, les chances de survie et le statut du cypripède blanc s’améliorent. Dans un monde où le déclin d’un grand nombre d’espèces rares se poursuit, l’amélioration du statut de cette orchidée est un succès qui mérite d’être célébré.

Beaucoup d’enjeux de conservation sont désormais mondiaux. Trouver des solutions semble parfois une tâche insurmontable. Toutefois, pour plusieurs espèces, la solution est pourtant simple. Nous devons protéger leur habitat. Pour ce faire, il faut déterminer les zones clés abritant des espèces rares et menacées, travailler en partenariat avec les communautés locales, et protéger et contrôler les habitats les plus critiques. Ce sont ces moyens qui nous permettront d’aider de nombreuses plantes et animaux à commencer à écrire leur histoire à succès.


Pleins feux sur nos partenaires

Renouvelez votre soutien