Émilie Brien, responsable d’aire naturelle à CNC, en compagnie d’élèves lors d’une sortie au site Fleming Ranch de CNC (Photo de CNC)

Émilie Brien, responsable d’aire naturelle à CNC, en compagnie d’élèves lors d’une sortie au site Fleming Ranch de CNC (Photo de CNC)

Un réveil matinal qui en vaut le coup

Tétras à queue fine (Photo de Jason Bantle)

Tétras à queue fine (Photo de Jason Bantle)

Inventorier la faune exige de la planification, de la patience et souvent un réveil terriblement matinal, mais cette activité est récompensée par des moments inspirants et inoubliables.

Leta Pezderic, responsable de l’intendance des prairies de l’Alberta pour Conservation de la nature Canada (CNC), a vécu une telle expérience ce printemps en faisant l’inventaire du tétras à queue fine sur un site de prairie indigène du sud de la province. Chaque printemps, cet oiseau, semblable à un poulet, se livre à un comportement d’accouplement unique : le « lekking ». Sur des sites nommés leks, souvent trouvés au sommet de collines où l’herbe est courte, les tétras à queue fine se rassemblent avant l’aube. Au levée du soleil, les mâles entament une parade nuptiale semblable à une danse, alors que les femelles évaluent leurs performances et s’accouplent avec ceux qu’elles trouvent les plus impressionnants.

Leta n’était pas seule pendant cette activité, elle était accompagnée du propriétaire du site, qui se souvient avoir déjà vu les oiseaux danser au loin alors qu’il déplaçait du bétail, mais qui admet n’avoir jamais saisi l’occasion de s’arrêter pour les observer dans toute leur gloire. Après tout, l’exploitation d’un ranch est un mode de vie chargé qui comporte de nombreuses responsabilités. Il faut souvent se lever tôt le matin pour inventorier les oiseaux, mais cela est encore plus vrai pour le tétras à queue fine, car l’objectif est d’atteindre le site une heure avant le lever du soleil, à peu près au moment où les oiseaux commencent leur danse. « Je me suis levée à 3 heures du matin pour arriver sur le site à 5 h 30, raconte Leta. Il fallait compter 2 heures de route pour se rendre au ranch et emprunter le « côte à côte » (véhicule tout-terrain) jusqu’au site. C’est tout un contrat! »

Leta Pezderic (Avec la permission de Leta Pezderic)

Leta Pezderic (Avec la permission de Leta Pezderic)

Après s’être rejoints, Leta et le propriétaire ont réussi à atteindre le lek une heure avant l’aube. Selon Leta, le simple fait de se trouver dans la prairie ouverte avant l’aube est une expérience unique, et ce, même avant que les oiseaux ne commencent leur danse. « Il n’y a littéralement aucun bâtiment et aucune autre présence humaine, dit-elle. C’est comme un retour dans le temps. » Une fois la piste de danse ouverte, l’une des choses les plus surprenantes n’était pas de voir les oiseaux en action, mais bien de les entendre, dit Leta. « Je ne m’attendais pas à ce genre de vocalises,avoue-t-elle. Je ne sais pas comment les décrire, si ce n’est que ça m’a coupé le souffle. »

Leta, qui est photographe, a également capturé d’innombrables images des oiseaux et de leurs interactions. Ce fut un matin mémorable pour les deux témoins de ce spectacle. « Le simple fait de prendre un moment pour écouter les sons et assister à la danse sans que les intéressés remarquent notre présence était vraiment extraordinaire, dit-elle. Le propriétaire m’a lui aussi confié que c’était une expérience dont il se souviendra pour toujours. »

Un rappel tout naturel

Des spectacles naturels incroyables se produisent en permanence autour de nous, et en faire l’expérience nous montre combien la conservation est importante. « Prendre du temps et sortir dans la nature, nous rappelle à quoi sert tout ce travail acharné, affirme Leta. Voilà pourquoi nous travaillons dans ce domaine. »

En Alberta, le tétras à queue fine ne figure pas sur la liste des espèces en péril, que ce soit à l’échelle provinciale ou fédérale. Cependant, l’espèce est considérée comme vulnérable, en partie parce que l’intensification des activités agricoles a réduit la disponibilité de son habitat. Le tétras à queue fine revient souvent, année après année, sur les leks; c’est pourquoi la documentation et la protection de ces lieux sont essentielles à la conservation de l’espèce. « Cette espèce sauvage perd les sites où elle peut effectuer cette danse, ils sont en train de disparaître, dit-elle. « Voilà pourquoi la protection de ces grands espaces ouverts revêt une telle importance. »

Une parmi tant d’autres

Si les espèces des montagnes de l’Alberta, comme le grizzly, le mouflon d’Amérique et la chèvre de montagne, obtiennent beaucoup d’attention, les espèces des prairies, comme le tétras à queue fine, sont tout aussi remarquables, mais sont souvent oubliées.

« Les espèces des prairies sont souvent plus discrètes, explique Leta. Elles sont tout aussi passionnantes que les espèces de montagne, mais beaucoup de gens n’ont pas l’occasion de les observer. » Cela s’explique probablement par le fait que ce qui subsiste des prairies de l’Alberta peut être difficile à trouver.

« Une très grande partie de nos prairies ont été converties, et beaucoup pensent que les champs de blé et de canola que nous voyons passer à toute vitesse le long de l’autoroute, sans y prêter attention, sont la norme, explique Leta. On ne trouve généralement pas beaucoup de ces véritables prairies indigènes, à moins de sortir des sentiers battus, et une fois sur place, cela peut encore sembler ennuyeux à première vue pour un œil non averti. » Cependant, si vous vous arrêtez et prenez un moment pour vous imprégner d’un écosystème de prairie indigène, vous vivrez une expérience sensorielle incroyable et mémorable. « Soudainement, vous commencerez à entendre les oiseaux chanteurs, le coassement des amphibiens et le bruissement de l’herbe, et à sentir la sauge ou la menthe en vous promenant, affirme Leta. Tous vos sens finissent par s’éveiller. »

Accélérer la conservation de ce qui subsiste

Si les espèces des prairies sont aussi incroyables que diversifiées, nombre d’entre elles sont en déclin en raison de la conversion, de la subdivision et de la dégradation de leurs écosystèmes. « Entre 75 et 85 % de toutes les espèces en péril se trouvent dans les prairies, car leurs habitats sont en train de disparaître, explique Leta. La menace est imminente et nous n’avons plus de temps à perdre. »

C’est pourquoi CNC s’efforce d’accélérer la conservation des écosystèmes des prairies qui subsistent en Alberta. La protection de grandes étendues de prairies, comme le ranch Yarrow Creek, joue un rôle central dans nos efforts Toutefois, nous ne pourrions pas y parvenir sans les personnes qui nous appuient. Pour contribuer à la conservation des prairies de l’Alberta, envisagez de faire un don à CNC dès aujourd’hui.

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