Un impact durable

Réserve naturelle Hazel Bird, Ont. (Photo de Kristina Smith)

Réserve naturelle Hazel Bird, Ont. (Photo de Kristina Smith)

Les écosystèmes à herbes hautes, comme celui des plaines du lac Rice, étaient autrefois abondants en Ontario. Aujourd’hui moins de 3 % de leur superficie d’origine subsiste dans cette province. La réserve naturelle Hazel Bird est un bel exemple de l’impact à long terme du travail d’intendance de CNC à travers le pays.

Par Patricia Hluchy, auteure et journaliste primée

La météo d’octobre du sud-est de l’Ontario est des plus agréables aujourd’hui. Dès 8 heures du matin, par une journée sans nuages, le mercure affiche 10 degrés Celsius à la réserve naturelle Hazel Bird (90 minutes de route à l’est de Toronto). Le soleil d’automne, plus bas sur l’horizon, donne un éclat encore plus vif aux herbes hautes de la prairie et aux feuilles de chêne qui prennent des couleurs. Gerry Bird, fils de Hazel Bird, la légendaire naturaliste, observe une variété d’espèces d’oiseaux : une petite volée de merlebleus de l’Est, un busard Saint-Martin, un moucherolle phébi, un épervier brun, un autour des palombes et une sturnelle des prés, désignée menacée autant à l’échelle provinciale que nationale.

Pendant notre visite des 118 hectares (292 acres) de la réserve, nous apercevons une couleuvre à nez plat. Considérée elle aussi comme menacée dans la province et dans tout le pays, cette couleuvre fait toutefois un retour dans la réserve naturelle Hazel Bird, et ce, grâce à près d’une décennie de travail d’intendance assuré par Conservation de la nature Canada (CNC), qui a acquis la propriété en 2011 dans le cadre de ses efforts de protection les plaines du lac Rice.

Notre visite a eu lieu à l’automne 2019. Un an plus tard, CNC célèbre le 15e anniversaire de son Plan de conservation de l’aire naturelle des plaines du lac Rice, sa première stratégie de conservation élaborée à l’échelle du paysage. Ce plan, qui décrit les actions requises pour assurer la protection de cette aire naturelle, a guidé les efforts de CNC pour restaurer les écosystèmes dégradés et désormais rares de ces plaines.

Par le passé, l’Ontario abritait un mélange de forêts, de milieux humides et d’écosystèmes à herbes hautes (prairies, savanes de chênes, boisés de chênes). Aujourd’hui, après des siècles de développement, ces plaines à herbes hautes  anciennement abondantes comptent parmi les écosystèmes les plus rares de la province.

Pour élaborer et mettre en oeuvre son plan de conservation, CNC a uni ses forces à celles de partenaires, dont la Première Nation d’Alderville, des propriétaires fonciers privés, des organismes de conservation et des gouvernements. L’objectif était de conserver et de restaurer des habitats dans les collines de ces plaines couvrant 40 500 hectares (100 000 acres) au sein de la moraine d’Oak Ridges, une formation glaciaire où prédominent les sols secs et sablonneux.

Aujourd’hui, seulement 10 % de la superficie d’origine des écosystèmes à herbes hautes d’Amérique du Nord subsiste; en Ontario, c’est moins de 3 %. Ce déclin a exercé une pression sur les animaux qui dépendent de
ces écosystèmes, notamment la cicindèle blanche (un insecte), et des oiseaux comme l’hirondelle rustique, le goglu des prés, l’engoulevent d’Amérique et l’engoulevent bois-pourri de l’Est.

Le réveil des herbes hautes

Lors de ma visite l’année dernière, nous avons parcouru à pied la majeure partie de la réserve naturelle Hazel Bird. Cette belle promenade nous a permis d’admirer les vastes panoramas et le relief varié de la propriété (qui comprend aussi des landes sablonneuses et un belvédère avec une vue imprenable) ainsi que la grande richesse faunique et floristique des lieux. Notre guide était Val Deziel, coordonnatrice en biologie de la conservation à CNC pour la région du centre de l’Ontario depuis 2012. Selon cette passionnée des plaines du lac Rice, native de la région, des pins sylvestres, une espèce non indigène, occupaient la majeure partie de la réserve avant que CNC s’y intéresse. « Si CNC n’avait pas acheté cette propriété, on verrait à l’est d’ici une zone couverte à 80 % de pins sylvestres. Nous menons une bataille à la fois : d’abord, nous débarrasser du pin sylvestre, puis planter des chênes et des végétaux de prairie pour restaurer la savane. »

Le personnel de CNC parle du « réveil des herbes hautes ». Les plaines du lac Rice abritent les prairies à herbes hautes les plus à l’est de l’Amérique du Nord; le travail que CNC y effectue s’ajoute à des décennies de réussites similaires dans les provinces des Prairies.

La lutte contre le pin sylvestre exige énormément de travail. Mais Val Deziel et son équipe ont accompli des tâches beaucoup plus ardues en éliminant d’autres espèces
végétales exotiques envahissantes, comme le dompte-venin de Russie, le nerprun commun et la centaurée du Rhin. Ils ont simultanément réintroduit des fleurs sauvages et des graminées de prairie indigènes, en plus de planter des céanthes d’Amérique, un arbuste de prairie autrefois abondant et sur lequel pond l’hespérie tachetée, un papillon menacé au Canada et en péril dans l’ensemble de son aire de répartition
mondiale.

Cet extrait est tiré du numéro Automne 2020 du Magazine Conservation de la nature Canada. Cette publication est offerte pour 1 an (4 numéros) aux donateurs qui contribuent 25 $ et plus. Cliquez ici pour faire un don >

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