Sur sa propre voie

Chúk Odenigbo (Photo de Brianna Roye)

Chúk Odenigbo (Photo de Brianna Roye)

Chúk Odenigbo crée un nouveau récit autour de la nature au Canada

L’un des sites naturels préférés de Chúk Odenigbo est un jardin botanique intérieur situé juste en face de l’aire de restauration du centre commercial CORE, au centre-ville de Calgary. C’est un lieu où les gens de la ville, comme lui, peuvent trouver le calme là où ils s’y attendent le moins.

« J’ai plusieurs endroits préférés dans la nature, et chacun est porteur d’un souvenir ou d’une émotion particulière », dit-il. « J’aime les Jardins Devonian (Devonian Gardens) parce que les gens peuvent y accéder si facilement. Ce jardin permet d’entrer en contact avec la nature au cœur du centre-ville pour y faire une pause nature, et d’être entouré d’arbres, de plantes et de tout ce qui s’y rattache. Je crois que cela illustre parfaitement l’idée que tout le monde a le droit d’accéder à la nature. »

M. Odenigbo est un Franco-Albertain noir qui a littéralement grandi autour du monde. Avec des parents tous deux à l’emploi de l’Organisation des Nations Unies, il se retrouvait, enfant, dans un pays différent presque chaque année.

« Je suis né à Genève, en Suisse, pendant la lune de miel de mes parents », dit-il en riant. « Peu après ma naissance, nous avons quitté le pays, et depuis, j’ai vécu dans tellement d’endroits différents; tous ces lieux ont approfondi mon amour pour la nature et l’environnement. »

Maintenant établi à Gatineau, au Québec, M. Odenigbo admet avoir eu du mal à se reconnaître dans les paysages culturels et naturels du Canada. Il constate la présence d’obstacles pour les personnes racisées, les Autochtones, les femmes et d’autres personnes marginalisées qui souhaitent accéder aux milieux naturels du pays.

Que ce soit à cause d’un manque d’éducation sur la nature, d’une absence de représentation dans les médias verts (nature/environnement), de problèmes d’accès ou de sécurité, Chúk Odenigbo espère contribuer à faire tomber les barrières entre les gens et la nature.

« Quand j’étais jeune, mes parents ne me laissaient pas aller camper », admet-il. « Ils me disaient : si tu voulais aller camper, nous aurions dû te laisser dans un village en Afrique. » Il ajoute qu’au Canada, 94 % de la population noire habite en milieu urbain. « Nous sommes la population la plus urbanisée du pays par peur d’être considéré(e)s comme non civilisé(e)s [par les autres] », fait-il remarquer. M. Odenigbo croit que les relations litigieuses historiques, autant que les plus contemporaines, vécues par les personnes noires ont créé des obstacles pour les Noir(e)s d’aujourd’hui qui cherchent à se faire une place sur le territoire.

De nos jours, Chúk Odenigbo mène le récit et crée l’espace nécessaire pour que les jeunes, les femmes et les personnes de couleur trouvent leur voix afin de protéger, de profiter et de s’épanouir dans la nature. Il fait partie des personnes qui ont fondé Future Ancestors Services inc., une jeune entreprise sociale dirigée par une équipe noire et autochtone offrant des services professionnels. Lancée en avril 2020, l’organisation aide sa clientèle à faire progresser la justice climatique et l’équité par l’entremise d’une « perspective antiraciste et de responsabilité ancestrale ».

« Nous sommes les ancêtres de la future génération et nous devons agir en toute conscience », dit-il. « Nous reconnaissons aussi que nous sommes le futur de nos ancêtres, et nous savons qu’il y a des erreurs du passé à réparer, et que c’est notre responsabilité. »

M. Odenigbo et Future Ancestors Services remettent en question le récit qu’on associe à la nature au Canada. Ils encouragent d’autres personnes, et plus particulièrement celles qui sont exclues des discussions, à « réimaginer » la manière dont nous faisons l’expérience de la nature. « À travers sa clientèle, l’entreprise aide la communauté à créer et à maintenir des relations significatives et à aborder les enjeux systémiques qui désavantagent des groupes en mal d’équité. »

« La culture de la nature [au Canada] a créé des barrières : une fausse dichotomie quant aux comportements à adopter dans la nature », fait-il remarquer. « Il y a cette idée selon laquelle il faut se déconnecter quand on est dans la nature. Pourtant, vous n’avez pas à choisir entre la technologie et la nature. Nous invitons les gens à trouver leur propre façon de s’y connecter. Sans blague, ce que je préfère faire dans la nature, c’est de m’installer sous un arbre et regarder un film sur ma tablette », dit-il en riant.

M. Odenigbo est doctorant en géographie médicale à l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les relations entre la santé humaine, la nature et la culture. Selon lui, l’égalité et la promotion de la santé de la population et des espaces naturels impliquent que nous devons nous assurer que ces lieux sont sécuritaires et accessibles pour tout le monde et qu’ils peuvent inciter des personnes de tous horizons à contribuer à la protection du territoire. « La nature est pour tout le monde, peu importe la couleur de la peau ou l’identité de genre », affirme-t-il. « Il est important que les gens fassent l’expérience de la nature à leur manière. Dès qu’ils le feront, ils seront motivés par le désir de la protéger. » .

Cet article provient du numéro Automne 2021 du magazine Conservation de la nature Canada. Pour savoir comment vous pouvez recevoir notre magazine, cliquez ici.


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