Retour aux sources

Ramener des espèces sur des sites d’où elles avaient disparu, comme le bison des prairies de retour à l’aire de conservation des prairies patrimoniales Old Man on His Back de CNC, en Saskatchewan, est une bonne chose pour la faune, la flore et la population.

La nuit était déjà tombée à l’arrivée du convoi à l’aire de conservation des prairies patrimoniales Old Man on His Back (OMB) de Conservation de la nature Canada (CNC). Au petit matin, les remorques remplies de bisons des prairies avaient pris la route en direction sud. Les arbres poudrés de neige du parc national Elk Island, à l’est d’Edmonton (Alberta), avaient peu à peu cédé la place au ciel dégagé de la Saskatchewan. Voisins et équipes de télévision, qui attendaient ce moment, surveillaient l’ouverture des portes devant la lumière des phares. Les bisonneaux d’un an ont sauté hors des remorques, puis se sont dirigés en trottant vers le fond de l’enclos. Ne voulant pas effaroucher les nouveaux venus, les personnes présentes, dont Peter et Sharon Butala, les anciens propriétaires du ranch devenu aire de conservation, se regardèrent en silence. Pour la première fois depuis un siècle, des bisons étaient de retour dans cette prairie.

On a assisté à d’extraordinaires réussites en observant des espèces en voie de disparition utiliser très rapidement des habitats restaurés. Mais, parfois, les espèces que nous protégeons ne peuvent tout simplement pas revenir sans aide. La Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes est une occasion de restaurer certains des habitats naturels les plus menacés au Canada et d’y ramener leur faune.

D’autres projets que celui de 2003 pour le retour du bison des prairies à OMB se déroulent à travers le pays pour ramener des végétaux et des animaux là où ils vivaient autrefois, soit en les réintroduisant, soit en augmentant leurs populations actuelles. Les retombées de ces projets peuvent avoir une importance écologique et culturelle énorme.

Refaçonner le territoire

En franchissant la barrière à bétail d’OMB, on sent parfois un parfum d’armoise flotter dans l’air alors que le chant des oiseaux, comme celui du plectrophane à ventre noir (en voie de disparition), se fait de plus en plus audible. « La diversité de la flore, de la faune, et de la quantité d’oiseaux augmente considérablement quand on traverse la barrière et qu’on quitte des terres cultivées pour la prairie indigène », dit Jennifer McKillop, vice-présidente de CNC pour la région de la Saskatchewan.

Au fil des millénaires, les bisons ont évolué  en tandem avec les graminées des prairies,  dont les énormes racines peuvent s’enfoncer  jusqu’à 4,5 mètres de profondeur pour emmagasiner  les ressources qui leur permettent  d’affronter l’hiver et la sécheresse. Les bisons  qui vivent aujourd’hui sur la propriété  peuvent être difficiles à repérer sur les 5 000 hectares (12 355 acres) de collines  arides et sans arbres, à moins bien sûr qu’ils  décident de se montrer le bout du museau.

Même s’ils semblent parfois invisibles pour les visiteurs, les quelque 100 bisons d’OMB en façonnent le territoire et améliorent la santé et la biodiversité de la prairie. Cela inclut la laine qu’ils laissent sur les gros blocs erratiques (abandonnés par d’anciens glaciers) lorsqu’ils s’y frottent pour se débarrasser de leur pelage d’hiver ou pour soulager leurs démangeaisons. Au printemps, les oiseaux chanteurs s’empressent de ramasser ces poils dont ils tapissent leur nid pour mieux contrôler la température pour leurs oisillons dépourvus de plumage. Les bisons adorent aussi se rouler dans la terre, ce qui crée des dépressions dans le sol. Au printemps, ces « cratères » se remplissent d’eau pour former des mares bourbeuses; en été, leur sol asséché et dénudé devient un habitat de choix pour des végétaux rares. OMB fait partie de l’écorégion de la prairie mixte, une mosaïque d’herbes courtes et de tailles moyennes. En Saskatchewan, les prairies indigènes occupent moins de 20 % de leur étendue originelle. Ce type de prairie tempérée est l’un des écosystèmes les plus menacés au monde. Il y a 22 ans, Peter Butala (aujourd’hui décédé) et son épouse Sharon ont décidé de faire don de 422 hectares (1 043 acres) de leurs terres à CNC, sous la condition qu’elles demeurent un milieu de prairies et que les bisons y reviennent.

Cet extrait d'article provient du numéro Printemps 2021 du magazine Conservation de la nature Canada. Pour savoir comment vous pouvez recevoir notre magazine, cliquez ici.

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