facebook
Brûlage dirigé au ranch Tongue Creek, Alb. (Photo de CNC)

Brûlage dirigé au ranch Tongue Creek, Alb. (Photo de CNC)

Tout feu tout flamme

La gestion des prairies à l’aide de brûlages dirigés
Hannah Schaepsmeyer de CNC participe à l'allumage d'un brûlage dirigé (Photo de CNC)

Hannah Schaepsmeyer de CNC participe à l'allumage d'un brûlage dirigé (Photo de CNC)

Aussi dangereux qu’essentiel, le feu peut être utilisé avec prudence et expertise pour donner un nouveau souffle aux prairies menacées.

Le feu est un processus écologique important au sein des écosystèmes des prairies. Comme il représente une perturbation naturelle au sein de ces paysages, les espèces végétales et animales indigènes qui y vivent ont évolué pour en dépendre.

En effet, le feu revitalise le territoire, élimine les résidus végétaux, retourne au sol des nutriments, favorise la germination de graines, synchronise la floraison et empêche le processus de succession écologique qui transformerait les prairies en forêts. Lorsque leurs racines sont intactes, les herbes des prairies reprennent rapidement leur place dans les espaces dégagés par le feu, relançant ainsi le cycle.

Avant la colonisation, l’utilisation du feu par les peuples autochtones était très répandue et fréquente dans l’ensemble de la région; il était reconnu comme un outil bénéfique à la gestion des espèces des prairies, et beaucoup étaient récoltées comme source de nourriture et à d’autres fins, explique Rick Arthur, spécialiste du feu.

« Plusieurs espèces étaient adaptées à l’utilisation fréquente du feu par les populations autochtones pendant des milliers d’années, mais ont été affectées par son absence, poursuit M. Arthur. Nous devons reconnaître que les paysages que nous voyons aujourd’hui ne sont pas ceux qui existaient autrefois et qu’ils pourraient ne pas perdurer dans le futur. »

Ce n’est qu’au cours des deux derniers siècles que l’utilisation du feu a largement disparu de cet écosystème. En effet, au fur et à mesure que les communautés autochtones ont été expulsées et exclues de leurs territoires, la région s’est vue essentiellement convertie en terres agricoles, industrielles et résidentielles où le feu n’était pas le bienvenu.

Les flammes au secours des pâturages

Leta Pezderic, responsable de l’intendance à Conservation de la nature Canada (CNC), fait remarquer que la suppression du feu a eu des effets dévastateurs sur ces écosystèmes qui figurent déjà parmi les plus menacés au Canada, puisque les espèces ligneuses et forestières ont pu empiéter sur les quelques prairies encore intactes.

La zone de brûlage est maintenue en utilisant des réservoirs d'eau portatifs (Photo de CNC)

La zone de brûlage est maintenue en utilisant des réservoirs d'eau portatifs (Photo de CNC)

« Le tremble est un arbre indigène dans la région, tout comme bon nombre des arbustes que l’on cherche à contrôler… Alors, pourquoi nous soucions-nous du fait que ces espèces indigènes poussent dans la région? demande Mme Pezderic. Avec la suppression des incendies d’origine naturelle, nous avons permis à ces arbres indigènes de s’installer et de prendre la place des prairies indigènes de fétuque ou d’autres graminées qui sont si importantes. Le fonctionnement de ces écosystèmes s’en trouve donc modifié. »

Dans la région de Bow, en Alberta, Carter Siebens, propriétaire du ranch Tongue Creek, et Tom Fenwick, qui en assure la gestion, ont fait appel à Rick Arthur pour mener à bien un plan de gestion de la végétation sur le site, qui comprend des brûlages dirigés pour lutter contre l’empiétement de végétaux ligneux.

Brûlages à feu doux

Historiquement, le brûlage était fait au début du printemps ou à la fin de l’automne, lorsque les graminées avaient séché et que l’humidité du sol était élevée, pour éviter d’affecter le sol, la structure des racines ou la santé des bassins versants. Selon Kate Tucker, chargée de projets à CNC pour la région de Bow, les feux de prairie incontrôlés qui se produisent en été et dont l’intensité et la gravité sont élevées diffèrent considérablement des brûlages dirigés.

« Les brûlages dirigés sont très différents des feux de prairie, parce qu’ils sont évidemment contrôlés et atteignent des températures beaucoup moins élevées, dit-elle. Les feux incontrôlés pénètrent dans la couche organique du sol et détruisent tout en raison de la chaleur qu’ils dégagent. Les brûlages dirigés sont quant à eux destinés à éliminer les arbustes et les graminées qui poussent au niveau du sol, pour ensuite être éteints. Ils sont donc très bénéfiques pour la végétation. »

Comme la sécurité est la priorité, on ne procède aux brûlages dirigés que lorsque certaines conditions météorologiques et de combustion (végétation sèche) le permettent et que des ressources adéquates sont sur place pour contenir et maîtriser l’incendie. « Les personnes qui prennent part à l’opération portent un équipement de protection. Tout ce processus est mené avec prudence, de manière réfléchie et méthodique », affirme Kate Tucker.

« Le périmètre est d’abord brûlé et une bande de quelques mètres, qu’on appelle zone noire, est créée. Puis, le brûlage est dirigé [progressivement et en bandes] vers la zone noire, explique-t-elle. Des équipes de gestion des incendies sont présentes sur le site et humidifient l’herbe sèche entourant la zone visée à l’aide de réservoirs d’eau, et toutes sortes d’outils sont utilisés le long du périmètre pour éteindre le feu et s’assurer que des éléments comme des bouses de vache séchées ne continuent pas à brûler. »

Dans le feu de l'action

En début mai, sur une période de deux jours, CNC, CCI Wildfire Services, les services d’incendie de la Piikani Nation et d’Eden Valley, Dinyar Minocher du Canadian Prairies Prescribed Fire Exchange, ainsi que des familles, des ami(e)s et des membres du voisinage, ont participé au brûlage dirigé sur une zone de 18 hectares au ranch Tongue Creek. Même avec toute cette aide, Kennedy Halvorson, assistante à l’intendance, a décrit la journée comme étant épuisante, mais gratifiante.

Des services d'incendies participent au brûlage dirigé (Photo de CNC)

Des services d'incendies participent au brûlage dirigé (Photo de CNC)

« Mes yeux brûlaient, mes poumons étaient à vif, ma peau était desséchée, mais le pire, c’était notre odeur. Sur le chemin du retour, le camion de travail était rempli d’une odeur de fumée rance et de sueur qui aurait fait concurrence à celle d’un vestiaire de hockey, raconte-t-elle. Malgré tout, j’avais le sourire fendu jusqu’aux oreilles. C’était mon deuxième jour de travail à CNC, et nous avions mis le feu aux prairies. »

Les personnes impliquées, y compris Rick Arthur, espèrent que les résultats de ce brûlage dirigé seront un succès et qu’à l’avenir, on aura davantage recours à cette approche dans les régions environnantes.

« Pour maintenir ces écosystèmes sains et dynamiques, nous devons comprendre les schémas de perturbation historiques qui en sont à l’origine. Dans ce cas-ci, dans les prairies, il s’agissait d’incendies fréquents et du broutage des bisons, explique-t-il. Si nous voulons les restaurer, nous devons utiliser tous les outils disponibles et peut-être même en développer de nouveaux. Nous allons aussi devoir renforcer notre expertise et nos capacités, car il s’agit d’un enjeu qui concerne l’ensemble des régions des contreforts. » Si vous souhaitez appuyer le travail de CNC en matière d’intendance des paysages naturels, pensez à faire un don dès aujourd’hui.

Pleins feux sur nos partenaires

Protégerez-vous la nature cet hiver