Érioderme boréal (Photo de Ian Goudie/Wikimedia Commons)

Érioderme boréal (Photo de Ian Goudie/Wikimedia Commons)

Érioderme boréal

Surnommé le panda des lichens en raison de sa rareté, l’érioderme boréal est une espèce ancienne en danger critique d’extinction. Toutefois, contrairement au panda géant, l’érioderme boréal n’est pas très photogénique...

Comment reconnaître cette espèce?

Gris bleu et doté de feuilles, dont les bords ondulés dévoilent un dessous blanc, l'érioderme boréal s'attache au tronc des arbres ou à leurs branches. Son diamètre est habituellement de 2 à 5 cm, mais il peut parfois atteindre jusqu’à 12 cm.

Dans quelle région retrouve-t-on cette espèce?

L'érioderme boréal se trouve à quelques endroits dans les forêts côtières fraîches et humides des provinces de l’Atlantique. On le retrouve sur des propriétés de CNC à Port Joli, en Nouvelle-Écosse, et à Salmonier, sur l’île de Terre-Neuve, où sa population serait de 15 000 à 20 000 individus. En Nouvelle-Écosse, sa population est réduite à 315 individus, alors qu'au Nouveau-Brunswick, l’espèce aurait disparu. Notons que l'érioderme boréal survit toujours en Alaska. Ailleurs dans le monde, il y a déjà eu des populations d’érioderme boréal en Norvège, mais celles-ci ont disparu depuis.

Quel est le rôle écologique de cette espèce?

Les lichens sont issus de l’une des unions les plus curieuses de la nature, puisqu’ils sont le produit d’une association très étroite entre deux organismes, soit les champignons et les algues. Ce lien est si étroit que dans la plupart des cas, l’un ne peut croître ou se reproduire sans l’autre. Ensemble, ils ont littéralement plus de valeur que la somme de leurs parties.

Le champignon profite d’un accès à la nourriture générée par la photosynthèse de l’algue. De son côté, l’algue bénéficie d’un abri protégé entre les filaments du champignon et d’un accès accru à l’humidité et aux minéraux.

Une étude récente publiée dans la revue Science de juillet 2016 indique que les lichens pourraient aussi inclure un autre organisme, soit une nouvelle espèce de levure. Bien que cette découverte reste à approfondir, elle renforce le caractère fascinant des lichens.

Source précieuse d’azote pour les forêts, l'érioderme boréal est également d’une très grande valeur en tant qu’indicateur de la qualité de l’air et des changements climatiques.

Quels menaces guettent cette espèce?

Les lichens dépendent des nutriments présents dans l’air et dans l’eau et sont extrêmement sensibles aux changements environnementaux. Voilà qui nuit à l’érioderme boréal, particulièrement en Nouvelle-Écosse où sa population a décliné de 35 % en 10 ans. Ce déclin est lié aux vents dominants qui poussent vers l’est la pollution du centre du Canada et de l’est des États-Unis, et qui se transforme en pluies acides en Nouvelle-Écosse. La pollution n’est pas le seul danger, car l’érioderme boréal est également menacé par l’exploitation forestière et est vulnérable aux changements climatiques. On étudie d’ailleurs son statut en tant que bio-indicateur (espèce indicatrice de l’état de santé de son environnement).

Quel est le statut de cette espèce?

Un article récent publié dans la revue scientifique Botany a prédit que la population déjà faible d’érioderme boréal serait réduite de moitié en 2040. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a inscrit sa population de l’Atlantique comme en voie de disparition en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. La population boréale de l’île de Terre-Neuve a pour sa part un statut préoccupant. L’espèce est inscrite comme espèce en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Mesures prises pour protéger cette espèce

En raison de la sensibilité de l’érioderme boréal, les stratégies de conservation qui le concernent doivent dépasser l’échelle locale. Un exemple infructueux est celui de la Suède qui a tenté de le conserver en protégeant l’unique peuplement d’arbres qui en abritait encore. Une coupe à blanc faite à proximité par un propriétaire foncier a modifié le micro-climat et mené à la disparition du dernier érioderme boréal de Suède. Au Canada, l’érioderme boréal est protégé par la Loi sur les espèces en péril.

Comme c’est le cas pour de nombreuses espèces menacées d’extinction, l’érioderme boréal passe inaperçu et risque de disparaître discrètement, jouant d’ici là son rôle crucial trop souvent ignoré.

 

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