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Trouver le gîte et le couvert dans des lieux insoupçonnés

Pic de Lewis  (Photo de fishaspey / iNaturalist, CC-BY-NC)

Pic de Lewis (Photo de fishaspey / iNaturalist, CC-BY-NC)

En mai de chaque année, le cri nuptial perçant du pic de Lewis mâle retentit dans la région de l’intérieur sud de la Colombie-Britannique. Cette espèce en péril, dont moins de 1 000 individus migrent au Canada pour se reproduire, est menacée par la perte d’habitat et est désignée préoccupante par le Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique (page en anglais). Cet oiseau niche et cache sa nourriture dans les cavités d’arbres morts ou en décomposition. 

En Colombie-Britannique, ces arbres fauniques, comme les biologistes les appellent, subviennent aux besoins de plus de 70 autres espèces d’oiseaux, de mammifères, et d’amphibiens. On les trouve dans les prairies, les forêts ouvertes de pins ponderosa et de douglas de Menzies, les zones végétalisées des milieux humides et en bordure des cours d’eau.

Malgré leur très grande valeur écologique pour les nombreuses espèces qui en dépendent, les arbres fauniques sont considérés comme inutiles par l’industrie forestière. Par conséquent, il ne reste aujourd’hui que très peu de vieux arbres dans les forêts exploitées. On n’y laisse pas non plus pousser de plus jeunes qui pourraient vieillir, se décomposer et devenir un habitat de choix pour les espèces qui vivent dans les cavités. Cela veut dire que dans les prairies et forêts ouvertes, les espèces en péril qui dépendent des arbres fauniques pour nicher ou se nourrir sont privées des habitats dont elles ont besoin pour survivre.

À l’aire de conservation du ranch Kootenay River (page en anglais) de Conservation de la nature Canada (CNC), les arbres vétérans* et ceux en décomposition sont laissés debout pour offrir des habitats de nidification dont pourront éventuellement bénéficier des espèces en péril.

Créer des arbres fauniques

« Compte tenu de l’exploitation forestière qui a eu lieu par le passé au ranch Kootenay River, les arbres n’ont pas pu atteindre un âge suffisant pour mourir naturellement et se transformer en arbres fauniques, explique Kate MacKenzie, coordonnatrice de l’intendance de CNC pour la région des Rocheuses canadiennes. « Nous voulons intervenir pour créer de nouveaux arbres fauniques qui seront des habitats provisoires en attendant que d’autres arbres vieillissent et se décomposent naturellement. »

Création d'un arbre faunique; traitement

Création d'un arbre faunique; traitement "dead-top" (Photo de CNC)

Dans la région de Kootenay, le ministère des Forêts, des Terres et des Ressources naturelles de la Province est en train de créer des arbres fauniques, dont beaucoup se trouvent dans des aires de conservation de CNC, pour offrir à des espèces comme le pic de Lewis des cavités où elles pourront nicher.

En général, on a recours à l’un des trois traitements suivants pour créer des arbres fauniques :

Window (fenêtre) : Coupe de la moitié supérieure de l’arbre (ses branches principales) afin d’allonger le processus de décomposition.

Dead-top (cime morte) : Couper la cime de l’arbre et les branches qui y sont rattachées, pour laisser vivant le reste de l’arbre et prolonger son processus de décomposition.

Tall-stub (longue souche) : Coupe suffisante de la moitié supérieure de l’arbre, ce qui le tue, en laissant sur place une longue souche.

L’arbre est ensuite inoculé avec un champignon indigène qui en pourrit le cœur, ce qui déclenche plus rapidement le processus de décomposition. Ce champignon ne fait pas que se nourrir du bois mort, mais il le ramollit, permettant ainsi aux insectes de s’y installer plus facilement. La présence de ces insectes attire des oiseaux qui, pour s’en nourrir, creusent des trous dans l’arbre avec leur bec, créant ainsi de grandes cavités. Pour les espèces qui ne peuvent pas creuser leur propre nid dans les arbres, comme le pic de Lewis ou le grand polatouche, ces cavités sont des sites de nidification pratiques et de grande qualité. Sur une longue période, les diverses cavités qui se forment dans l’arbre en décomposition offrent à une multitude d’espèces une abondance de nids et de nourriture. Elles abritent un petit monde caché de biodiversité là où nous ne voyons bien souvent rien de plus qu’un arbre mort.

Création d'un arbre faunique; traitement

Création d'un arbre faunique; traitement "tall-stub" (Photo de CNC)

Au ranch Kootenay River, des douglas de Menzies, des mélèzes de l’Ouest et des pins ponderosa ont commencé à être transformés en arbres fauniques en 2021, grâce à l’ambitieuse collaboration entre la Province et CNC. En 2018, des arbres fauniques avaient également été créés à d’autres aires de conservation de CNC dans la région d’East Kootenay pour en faire l’habitat essentiel d’oiseaux en péril, notamment au ranch Thunder Hill, au ranch Pine Butte, au site Luxor Linkage et dans le corridor écologique Luke Creek (page en anglais).

Il faut toutefois beaucoup de patience pour créer des arbres fauniques. Même s’il seront un jour abondants à ces endroits, il faudra des années avant que le processus de transformation impliquant l’usage de champignons n’aboutisse.

En attendant que la pourriture s’installe complètement, CNC surveillera ces arbres pour voir l’avancement du projet et les espèces présentes. Si des pics de Lewis ou l’une des 70 autres espèces qui dépendent des arbres fauniques en Colombie-Britannique y élisent domicile, cela confirmera l’adage selon lequel dans la nature, rien ne meurt jamais vraiment.

* Arbre vétéran : Arbre dont la hauteur ou le diamètre dépasse largement celui des arbres environnants, probablement parce qu’il a survécu aux perturbations antérieures. (Source : Regroupement QuébecOiseaux)

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