Merle d'Amérique (photo de Gordon Prince)

Merle d'Amérique (photo de Gordon Prince)

Espèces communes 101

Loup gris (photo de Gary Kramer, avec l'aimable autorisation du USFWS)

Loup gris (photo de Gary Kramer, avec l'aimable autorisation du USFWS)

Les espèces rares, menacées  ou en voie de disparition — espèces dont la survie dépend de mesures immédiates — font souvent les manchettes. L'importance d'en parler ne fait plus aucun doute. Comment pourrions-nous autrement promouvoir la sensibilisation aux dernières populations de plantes et d'animaux appelés à disparaître à jamais? Nous devons savoir quelles sont les espèces menacées afin de mieux cerner les habitats à protéger. C'est souvent cette urgence qui nous fait agir rapidement afin de les sauver.

Mais qu'advient-il des autres espèces? Qui se portera à la défense des espèces communes? Après tout, certaines espèces rares, comme le châtaignier d'Amérique, le caribou des bois et l'esturgeon jaune, ne sont elles-mêmes que des espèces communes ayant connu des jours meilleurs.

Les espèces communes sont également importantes en matière de conservation parce que nous devons préserver leur caractère commun. Conservation de la nature Canada (CNC) s'efforce d'identifier, de protéger et de gérer les exemples les plus représentatifs de tous les écosystèmes de manière à ce que l'ensemble de la biodiversité — la gamme complète d'espèces et de communautés, rares ou communes — soit conservée. En protégeant la terre pour le bien de toutes les espèces, nous épargnons aux espèces communes le sort subit par les dodos.

Espèce commune aujourd'hui disparue

Le lupin vivace abondait jadis dans les grandes prairies et la savane des plaines du lac Rice. Dans son livre intitulé Canadian Crusoes, Catharine Parr Traill, pionnière de l'époque des plaines du lac Rice dans les années 1830, se rappelle :

« Le lupin azur s'imposait, tapissant le sol en lui donnant une teinte céleste. »

Lupin vivace (photo de Bill Crowley)

Lupin vivace (photo de Bill Crowley)

Au milieu de ce paysage de lupins vivaces abondait le bleu mélissa, petit papillon dont les larves se nourrissaient principalement de la fleur indigène. Aujourd'hui, en raison de la perte d'énormes superficies de savane de chênes et avec elles du lupin vivace, le bleu mélissa est disparu de l'Ontario et du reste du Canada. Nous comprenons parfois trop tard le lien entre les espèces.

Cascades trophiques

Les espèces communes jouent souvent un rôle clé dans l'équilibre des écosystèmes. Qu'il s'agisse d'un contrôle descendant sur les systèmes à l'instar des prédateurs comme les loups, ou d'un contrôle ascendant comme le font les zooplanctons des Grands Lacs, la perte des espèces communes est parfois lourde de conséquences sur un écosystème. Quiconque a été témoin des dommages causés par le broutage excessif des cerfs de Virginie comprend ce que représente la perte d'un prédateur de niveau supérieur, extrêmement important dans la régulation de tous les niveaux d'un écosystème.

Prenons par exemple le retour des loups au parc national Yellowstone. Depuis l'élimination délibérée de ces loups au début des années 1900, la population d'orignaux a considérablement augmenté, profitant de l'absence de prédateurs. Les orignaux ont alors entrepris de brouter excessivement les saules et les peupliers florissants le long des rivières et des ruisseaux. Le nombre de truites a tôt fait de décliner. La végétation protectrice, maintenant disparue, l'eau autrefois claire des rivières laissait place à une eau trouble et plus chaude.

La réintroduction des loups au début de 1995 a permis la réduction de la population d'orignaux, le retour de la végétation riveraine, ainsi que le refroidissement et l'éclaircissement des rivières pour accueillir à nouveau les truites. La nature déborde de récits de ce genre, pour la plupart encore incompris, rehaussant l'importance de protéger toutes les espèces indigènes, rares et communes. Pour citer les célèbres propos de l'écologiste Aldo Léopold :

« Garder chaque engrenage et chaque roue est la première règle du bricolage intelligent. »

Espèces clés

Les espèces clés sont des espèces qui exercent une grande influence sur le portrait de leur écosystème. Ce ne sont pas nécessairement les espèces les plus abondantes de l'écosystème, mais leur présence à une incidence considérable sur la diversité et la fonction globale de leur communauté.

Castor transportant une branche de saule sur l'eau (photo de Steve Hillebrand, avec l'aimable autorisation du USFWS)

Castor transportant une branche de saule sur l'eau (photo de Steve Hillebrand, avec l'aimable autorisation du USFWS)

Le castor du Canada est un bel exemple d'espèce clé. Grâce à son instinct de survie, le castor modifie son habitat pour faciliter l'accès aux arbres et éviter les prédateurs. En érigeant ses barrages, les castors créent un tout nouvel habitat et influent sur un bassin versant complet. Les inondations provoquent des étangs ouverts. Les plantes aquatiques se propagent aux nouveaux milieux et les arbres inondés meurent, créant un nouvel habitat pour les pics-bois, les hérons et les balbuzards pêcheurs. Certaines espèces de grenouilles, de canards, de poissons et d'insectes bénéficient du nouvel habitat, tandis que d'autres se verront contraints de chercher ailleurs.

Quel que soit l'impact, il est évident que les actions d'un seul castor entraîneront des effets complexes et en cascade sur l'écosystème. La protection des espèces comme le castor du Canada est donc essentielle à la conservation des écosystèmes dans leur ensemble, dont bon nombre abritent également des espèces rares.

Espèces indicatrices

Bien que les grenouilles soient pour la plupart des espèces communes, elles sont des bio-indicateurs essentiels — des espèces qui sont particulièrement sensibles à la qualité de leur habitat et dont tout changement au niveau de la population peut témoigner des problèmes dans l'environnement. 

Les espèces indicatrices sont souvent touchées par une combinaison d'effets comme la pollution et les rayons UV.

Les grenouilles respirent à travers leur peau; un comportement possible grâce à la semi-perméabilité de la peau. Cette propriété de la peau des grenouilles en fait d'excellents bio-indicateurs. L'oxygène de l'eau est absorbée dans le système sanguin via l'eau qui pénètre dans la peau, mais les polluants y pénètrent également. La pollution peut ainsi causer des déclins de populations ou, comme ce fut déjà le cas, des mutations physiques comme une cinquième patte.

Grenouille léopard, vallée inférieure de la rivière Maitland, Ont. (photo de CNC)

Grenouille léopard, vallée inférieure de la rivière Maitland, Ont. (photo de CNC)

La protection et le suivi des populations de grenouilles donnent un aperçu de la santé des écosystèmes qu'elles habitent. Cela nous permet d'orienter nos actions d'intendance en fonction des problèmes environnementaux soulevés, comme la pollution, nous permettant ainsi d'agir pour atténuer ces problèmes et de protéger l'ensemble des espèces touchées.

Un tout important

Nous pouvions auparavant plaider l'ignorance à propos des impacts à long terme sur la Terre, mais nous en savons désormais beaucoup plus sur l'interdépendance des espèces et des écosystèmes et de la toile complexe qui relie tous les êtres vivants, y compris les humains. Nous savons maintenant comment prévenir la disparition du prochain bleu mélissa. C'est pourquoi la protection de l'habitat des espèces communes comme le castor du Canada est toute aussi importante, entraînant des effets bénéfiques à long terme sur toutes les espèces communes comme les castors qui trouvent refuge dans ces milieux protégés.

L'histoire du bleu mélissa est éloquente. Mais aussi terriblement triste. Nous aimerions ne plus avoir à raconter de telles histoires avec le temps. C'est ainsi que nous saurons que la conservation, locale, nationale ou mondiale dans sa portée, se porte aussi bien que le souhaitent les conservationistes.

Mélissa bleu, une espèce disparue du pays (photo de J. et K. Hollingsworth, avec l'aimable autorisation du USFWS)

Mélissa bleu, une espèce disparue du pays (photo de J. et K. Hollingsworth, avec l'aimable autorisation du USFWS)

Sources

Howse, Adrienne. 2001. ActionBioscience.org: Where Have All the Frogs Gone? UV Radiation and Amphibian Declines.

Save the Frogs: Why Frogs Are Important.

Toronto Zoo, Adopt-A-Pond. Wetland Curriculum Resource Unit 6: Keystone Species - The Beaver.

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