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Propriétés protégées dans la zone périphérique du parc de la Mauricie, QC (Photo de CNC)

Propriétés protégées dans la zone périphérique du parc de la Mauricie, QC (Photo de CNC)

Le havre d’une espèce menacée découvert en 1994, maintenant protégé

Tortue des bois (Photo de Caroline Daguet/Corridor appalachien)

Tortue des bois (Photo de Caroline Daguet/Corridor appalachien)

Pour apprécier à sa juste valeur l’excellente nouvelle de la protection d’un site de ponte en Mauricie, il convient d’abord de vous présenter la fantastique tortue des bois, qui a la particularité d’imiter le son de la pluie en frappant le sol avec ses pattes pour en faire sortir les vers et se régaler! Si ce fait étonnant ne vous convainc pas de l’aspect singulier de cette espèce, sachez aussi que c’est au Québec, et plus précisément en Mauricie, que se trouve l’une des plus grandes populations de tortues des bois du Canada. En plus de ce site de ponte, Conservation de la nature Canada (CNC) ajoute un nouveau terrain à ses terres protégées dans la région. Offrant des milieux humides et boisés essentiels à la survie de la tortue des bois, ces aires naturelles font partie d’un corridor écologique qui les relie au parc national de la Mauricie.

À la découverte d’un site exceptionnel

CNC a rencontré Denis Masse, un biologiste retraité du parc national de la Mauricie qui en sait énormément sur ce site de ponte. C’est en 1994 qu’une résidente de la région, Shirley Smith, a observé plusieurs tortues près de son terrain et a invité monsieur Masse à venir les étudier. Jusqu’à sa toute récente retraite, il a œuvré pour la protection de l’espèce et de son habitat. Il est sans contredit le mieux placé pour nous parler de l’histoire de ce lieu exceptionnel.

« En 1995, nous y sommes retournés avec d’autres biologistes et on a trouvé plusieurs femelles qui pondaient. Nous avons mis quelques émetteurs sur les tortues des bois pour suivre leurs déplacements; c’était d’ailleurs la première fois que nous installions des émetteurs sur des tortues. Nous avons étudié leurs déplacements et nous sommes aperçus qu’elles parcouraient presque trois kilomètres dans tous les sens pour aller pondre là. »

Entre 15 et 20 nids de tortues des bois ont été recensés cette année-là, un chiffre exceptionnel pour une espèce rare. Ces recensements ont mené à une grande étude en 1996 avec plusieurs partenaires, y compris le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, ainsi que des partenaires universitaires, pour en apprendre plus sur l’espèce et son milieu. Il a été déterminé que 40 % de la population, estimée entre 100 et 150 tortues, fréquentaient le site de ponte : un grand pourcentage d’une population assez fragile.

« En considérant que le maintien et le rétablissement de cette espèce fragile reposent sur la survie des femelles adultes et la protection des sites de ponte, il devenait urgent d’agir. »

  • Denis Masse, biologiste retraité du parc national de la Mauricie avec une tortue des bois (Photo de Jacques Pleau)
    Cliquez pour agrandir.
  • Denis Masse, biologiste retraité du parc national de la Mauricie avec une tortue des bois (Photo de Jacques Pleau)
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  • Propriétés protégées dans la zone périphérique du parc de la Mauricie, QC (Photo de CNC)
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    Propriétés protégées dans la zone périphérique du parc de la Mauricie, QC (Photo de CNC)
  • Propriétés protégées dans la zone périphérique du parc de la Mauricie, QC (Photo de CNC)
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  • Propriétés protégées dans la zone périphérique du parc de la Mauricie, QC (Photo de CNC)
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Repeupler un territoire… tranquillement

En 2007, la tortue des bois a été désignée comme une espèce menacée au Canada.

« Ce qui a fait changer son statut, c’est que dans plusieurs rivières où sa présence était connue, les populations ont baissé fortement ou disparu aujourd’hui. »

Tout comme ailleurs, la population de tortues en Mauricie a été affectée par le grand nombre de visiteurs, par les braconniers, les mortalités routières, et l’utilisation des cours d’eau pour la drave. Heureusement, avec les résultats de l’étude, des actions rapides ont pu être mises sur pied pour la protection.

Tortue des bois bébé dans son nid, Mauricie, Qc (Photo de André Lortie)

Tortue des bois bébé dans son nid, Mauricie, Qc (Photo de André Lortie)

Beaucoup d’informations sur le comportement des tortues des bois ont été recueillies au fil des années, grâce aux études menées sur ce site. Par exemple, contrairement à la plupart des tortues qui sortent de l’eau, pondent, et s’en vont, la tortue des bois peut rester jusqu’à huit jours sur le site de ponte. Elle y creuse plusieurs nids dans lesquels elle ne dépose pas ses œufs. Recherche de l’endroit idéal? Technique pour confondre les prédateurs? Nous ne le savons pas pour le moment.

« La longévité des tortues des bois n’est pas vraiment connue, mais il y a des tortues que j’ai manipulées en 1995, qui étaient déjà âgées d’une vingtaine d’années, qui sont encore en vie aujourd’hui! On les revoit chaque année au site de ponte. »

Protéger le site est le moyen le plus efficace pour repeupler le parc de la Mauricie de tortues des bois. Entre l’âge de 6 et 8 ans, les jeunes se dispersent pour coloniser de nouveaux territoires. Certaines tortues nées sur le site maintenant protégé ont été repérées dans des cours d’eau éloignés. C’est un long processus, mais dans quelques dizaines d’années, on peut espérer que ce site de ponte aura permis de repeupler un territoire beaucoup plus vaste.

Conservation de la nature Canada reconnaît que ces nouveaux sites protégés se situent sur le territoire traditionnel de la Nation Atikamekw, partagé historiquement avec la Nation W8banaki pour la pratique d’activités traditionnelles. Depuis des temps immémoriaux, les Atikamekws ont pris soin des habitats ici et des animaux qui s’y abritent, y compris la tortue des bois. Nous sommes infiniment reconnaissants envers les intendants originaux de ces territoires et soulignons la présence continue des peuples autochtones dans la région.

Merci à nos collaborateurs

CNC protège maintenant ce site d’une très grande valeur écologique. En plus de veiller à la survie d’une espèce et à son rétablissement dans la région, il représente l’entraide entre citoyen(ne)s, bénévoles, biologistes, organismes, entreprises et gouvernements pour la santé et la sauvegarde de la nature. Merci à Denis Masse pour le temps qu’il nous a accordé pour la création de cet article et son implication pour la nature, ainsi qu’à tous les personnes impliqué(e)s dans ce magnifique projet

Province de Québec     Eurovia Québec  DJL inc.     Canada      Fondation de la faune du Québec     US Fish & Wildlife Service  North American Wetlands Conservation Act

Pour en apprendre plus sur quoi faire lorsqu’on aperçoit une tortue sur la route, visitez Carapace.ca.

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