Réserve naturelle de la Tourbière-du-Lac-à-la-Tortue, Québec (Photo de CNC)

Réserve naturelle de la Tourbière-du-Lac-à-la-Tortue, Québec (Photo de CNC)

La tortue des bois en Mauricie : 25 ans sous la loupe des scientifiques !

Photo 1 : Les biologistes utilisent notamment la télémétrie, un système d’émetteur-récepteur, pour suivre les tortues dans leurs déplacements. (Photo d’André Lortie)

Photo 1 : Les biologistes utilisent notamment la télémétrie, un système d’émetteur-récepteur, pour suivre les tortues dans leurs déplacements. (Photo d’André Lortie)

Par André Lortie, bénévole auprès de CNC et résident de Saint-Mathieu-du-Parc

La tortue des bois, désignée vulnérable par le gouvernement du Québec, fait depuis plus de 25 ans l’objet d’une intense surveillance en Mauricie, notamment de la part des scientifiques à l’emploi des gouvernements fédéral et provincial. Plusieurs organismes de protection de la faune et de la flore, dont Conservation de la nature du Canada (CNC), y œuvrent aussi.  Qui sont les principaux acteurs de cet effort de protection ? Quelles actions mènent-ils ? Quel bilan peut-on en dresser ?

Retraité de Parcs Canada depuis 2019, le biologiste Denis Masse a passé un quart de siècle à se pencher sur le sort de la tortue des bois. Son terrain d’observation : le principal site de ponte de cette espèce au Québec, situé à proximité du Parc de la Mauricie. Son verdict : malgré les interventions humaines de sauvegarde, la survie de cette espèce demeure incertaine. Elle a d’ailleurs été désignée comme espèce menacée en 2007 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.

Qui dit science, dit patience ! Par exemple, le programme de rétablissement de la tortue des bois du gouvernement du Canada, adopté en 2016, prévoit des objectifs à long terme... sur 50 ans ! Des plans d’action à plus court terme sont évidemment prévus. Ainsi, les biologistes de Parcs Canada poursuivent leurs études chaque année sur le site de ponte du Parc de la Mauricie.

Depuis 1994, le repérage et la surveillance des nids sur ce site, au moment de la ponte et de l’éclosion des œufs, ont certes permis de diriger plus de 3 000 bébés à la rivière. Le nombre de nids trouvés demeure toutefois peu élevé, soit une moyenne de 24 par année. Heureusement, le taux d’éclosion des œufs est élevé, soit près de 82 %, bien que le taux de survie des bébés demeure critique. De plus, la réfection récente de la route du Parc a rendu ses abords non propices à la ponte.

Une tortue des bois captée en pleine ponte, au printemps 2018. (Photo d’André Lortie)

Une tortue des bois captée en pleine ponte, au printemps 2018. (Photo d’André Lortie)

Pendant la ponte des tortues, en juin, des observateurs se relaient pour localiser leurs nids. Chaque femelle y pond dix oeufs en moyenne. Commence alors la période d’incubation qui dure environ 80 jours. Un peu avant l’éclosion, des grillages sont placés au-dessus des nids afin d’en empêcher l’accès aux prédateurs. L’éclosion se produit de la mi-août à la mi-septembre, selon les conditions météorologiques. Dame Nature reçoit alors un coup de pouce des observateurs : en effet, lorsque repérées, les tortues sont acheminées à la rivière. Et si la chance les accompagne, elles peuvent vivre pendant 50 ans.

La destruction de son habitat naturel, la circulation des véhicules et la prédation menacent en effet cette tortue. Des efforts sont déployés pour contrer les dangers qui la guettent lors de ses déplacements, en particulier près des réseaux routiers. Ainsi, CNC tient, à la fin du printemps, sa campagne Carapace. Il s’agit d’une plateforme web qui permet de signaler l’observation de tortues, vivantes ou mortes, afin de cibler les secteurs routiers où leur mortalité est élevée. Ces données permettront de mettre en place des mesures pour réduire le nombre de collisions.

Une tortue des bois, observée en forêt en Mauricie et dûment inscrite à Carapace.ca ! (Photo d’André Lortie)

Une tortue des bois, observée en forêt en Mauricie et dûment inscrite à Carapace.ca ! (Photo d’André Lortie)

Depuis ses débuts en 2016, la campagne Carapace a permis d’observer des tortues de six espèces. C’est en Montérégie, en Outaouais et dans les Laurentides que les signalements ont été les plus nombreux. Au total, plus de 4 200 tortues ont été signalées. Plus de 90% des tortues étaient vivantes. L’espèce la plus souvent observée est la tortue serpentine.  Mais certains tronçons routiers sont problématiques et provoquent blessures et morts chez les tortues. CNC prévoit donc poursuivre ses efforts au cours des prochaines années pour limiter ces incidents.

En Mauricie, relativement peu de tortues ont été signalées depuis les débuts de cette campagne, comparativement à ailleurs au Québec. Les routes y ont toutefois été plus cruelles pour ce reptile. En effet, sur les 106 tortues aperçues, de 2017 à 2019, 13 étaient mortes. Dans l’ensemble du Québec, pour cette même période, 267 des 4218 tortues observées ont subi le même sort. En proportion, la mortalité y est donc deux fois plus élevée ! Notons que des observations ont aussi été faites ailleurs en Mauricie, dans le secteur de la rivière du Loup, près de Saint-Alexis-des-Monts.

La signalisation routière de la présence de tortues à Saint-Mathieu-du-Parc a été installée à l’été 2019. (Photo de Parcs Canada)

La signalisation routière de la présence de tortues à Saint-Mathieu-du-Parc a été installée à l’été 2019. (Photo de Parcs Canada)

Pour éviter ces tragédies animalières, des initiatives locales ont déjà été mises en place. À Saint-Mathieu-du-Parc, sur le chemin menant au Parc de la Mauricie, les zones à risque ont été identifiées. Une signalisation routière avertissant les automobilistes de la présence de tortues dans le secteur a été installée en 2019. De plus, les visiteurs du Parc et les résidents du coin voient apparaître, lors de la campagne Carapace, une douzaine de présentoirs offrant des autocollants à son effigie. « La bataille pour la survie de la tortue des bois n’est pas gagnée », indique Marc-André Valiquette, biologiste à Parcs Canada. La popularité du Parc de la Mauricie entraîne une circulation relativement intense et ses inévitables risques de collision. Mais les efforts constants de l’ensemble des partenaires sont de bon augure.

En attendant que les tortues apprennent à se méfier des automobiles ou à décoder la signalisation routière...

C’est le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec qui encadre la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, dont la tortue des bois. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, de son côté, collabore au Bilan du suivi de la nidification de la tortue des bois et aux travaux sur le terrain. Les biologistes de ce ministère tentent aussi, par un inventaire tous les cinq ans, d’évaluer la population totale de la tortue des bois au Québec. En 2015, des habitats de la tortue des bois en territoire public ont légalement été désignés en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (C-61.1).

Que fait CNC pour protéger l’habitat de la tortue des bois ?

CNC contribue à la protection de l’habitat naturel des tortues, dont les berges des rivières, par l’acquisition de terrains ou par des ententes de gré à gré avec les propriétaires. À Saint-Mathieu-du-Parc, CNC protège ou détient ainsi près de 300 hectares de territoire à proximité de la rivière Shawinigan. Une centaine d’hectares supplémentaires pourraient éventuellement être protégés.

Vous voulez aider à protéger la tortue des bois ?

Faites un don !

Faites un don de terre : Le Ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques a mis à jour, en 2018, un guide sur la conservation volontaire. On y présente les principales options de conservation légales pour les propriétaires de terrains privés. Cinq réserves naturelles ont ainsi été créées à ce jour.

Remerciements

CNC compte sur de multiples partenaires dans la réalisation de ses projets de protection de la tortue des bois en Mauricie : La Société d’histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent, propriétaire du terrain du site de ponte et important joueur pour la restauration et l’aménagement des habitats; la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc, pour la tenue de sa Journée de l’environnement, à laquelle participe CNC; le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, pour le financement de la plateforme Carapace ; le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, pour le projet Ensemble pour la nature, une aide de 15 M$ sur 3 ans ; l’Équipe de rétablissement des tortues du Québec et la Fondation de la faune du Québec, pour leur expertise et leurs conseils ; et Parcs Canada, pour ses travaux scientifiques.

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